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Pour s'y retrouver

Les mots du dommage corporel et de l'expertise

L'indemnisation d'un accident a son vocabulaire, ses étapes et ses acteurs. Personne ne les connaît en arrivant. Ce lexique réunit 68 termes — dont la nomenclature Dintilhac complète —, chacun renvoyant vers un article de fond. Il informe : il ne remplace ni un médecin, ni un avocat.

Le parcours et la procédure

Les étapes entre l'accident et l'indemnisation définitive, et les notions juridiques qui les commandent.

Provision
Somme versée à l'avance, avant l'indemnisation définitive, pour faire face aux dépenses immédiates. Souvent obtenue en référé, en même temps qu'une expertise. → Exemple : provision obtenue en référé
Référé
Procédure d'urgence permettant d'obtenir rapidement une mesure — désignation d'un expert, versement d'une provision — sans trancher le fond du dossier. → Exemple de référé expertise + provision
Prescription
Délai au-delà duquel il n'est plus possible d'agir en justice. En dommage corporel, il obéit à des règles particulières qu'il vaut mieux vérifier tôt. → Délais de prescription : le guide
Loi Badinter
Loi du 5 juillet 1985 qui organise l'indemnisation des victimes d'accidents de la circulation et impose à l'assureur de présenter une offre dans des délais encadrés. → Guide de l'accident de la route
Offre de l'assureur
Proposition d'indemnisation chiffrée, poste par poste. Elle peut être discutée : une fois acceptée ou tranchée, l'indemnisation devient définitive et difficile à rouvrir. → Décrypter une offre poste par poste
Doublement des intérêts — sanction de l'offre tardive ou insuffisante
Pénalité qui frappe l'assureur présentant une offre hors délai ou manifestement insuffisante : les intérêts dus sont doublés. Ce n'est pas un poste de préjudice de la victime. → Exemple de doublement des intérêts
Transaction
Accord écrit qui règle l'indemnisation sans jugement. La grande majorité des dossiers se terminent ainsi ; une transaction signée est en principe définitive. → Transaction amiable : le guide
Médiation
Mode alternatif de règlement d'un litige, avec l'aide d'un tiers, pour rechercher un accord sans procès. → Médiation et transaction
Perte de chance
Préjudice tenant à la disparition d'une probabilité favorable (guérison, évolution professionnelle…). Notion centrale, notamment en accident médical. → Perte de chance : de 2006 à l'office du juge

L'expertise médicale, mot à mot

L'expertise transforme les séquelles en éléments chiffrables : c'est l'étape la plus décisive. Voici son vocabulaire, dans l'ordre où on le rencontre.

Expertise médicale
Examen au cours duquel un médecin décrit et mesure les séquelles. Son rapport sert de fondement au calcul de l'indemnisation : ce qui n'y figure pas risque de ne pas être indemnisé. → L'expertise médicale : guide complet
Expertise judiciaire
Expertise ordonnée par un juge et confiée à un expert inscrit, selon une procédure encadrée et contradictoire. → Déroulement de l'expertise judiciaire
Expertise amiable contradictoire
Expertise organisée hors tribunal, à laquelle chaque partie participe et peut se faire assister d'un médecin. Elle n'a de valeur que si le contradictoire est respecté.
Expertise unilatérale
Expertise menée par le seul médecin d'une partie, sans que l'autre y participe. Sa valeur probante est faible : elle ne peut, à elle seule, fonder une décision.
Mission d'expertise
Liste des questions confiées à l'expert (imputabilité, postes de préjudice à évaluer, taux à fixer…). Elle délimite ce que l'expert doit examiner.
Doléances
Ensemble des plaintes et gênes exprimées par la victime lors de l'examen. Ce qui n'est pas exprimé ni documenté risque de ne pas être retenu.
Accedit — réunion d'expertise
Réunion au cours de laquelle l'expert examine la victime et recueille les observations des parties.
Contradictoire — principe du contradictoire
Règle selon laquelle chaque partie doit pouvoir prendre connaissance des pièces et discuter les conclusions. Une expertise non contradictoire est fragilisée.
Dire — article 276 du Code de procédure civile
Observation écrite adressée à l'expert avant son rapport, que celui-ci doit examiner et auquel il doit répondre. C'est l'outil qui permet de faire valoir un point contesté.
Pré-rapport — note de synthèse
Version provisoire du rapport soumise aux parties pour recueillir leurs dires avant la version définitive.
Rapport d'expertise
Document final de l'expert : constatations, imputabilité, évaluation de chaque poste et taux retenus. Il sert de base à la négociation ou au jugement.
Consolidation
Moment où l'état est jugé stabilisé. Ce n'est pas la guérison : c'est le point à partir duquel les séquelles sont définitives et peuvent être chiffrées. Elle conditionne le calcul de la plupart des postes. → Consolidation : ce que ça signifie
Imputabilité
Lien établi entre l'accident et une séquelle. Une séquelle imputable est reconnue comme une conséquence de l'accident ; elle seule ouvre droit à indemnisation à ce titre.
État antérieur
Problème de santé existant avant l'accident. On en tient compte pour distinguer ce qui découle de l'accident de ce qui préexistait — un enjeu fréquent de discussion à l'expertise. → État antérieur mal évalué : nouvelle expertise
AIPP — atteinte à l'intégrité physique et psychique
Taux d'incapacité définitif fixé par l'expert, qui traduit le déficit fonctionnel permanent (DFP). Il est déterminé à l'aide d'un barème médical d'évaluation.
Barème d'évaluation médicale — barème du Concours Médical
Barème indicatif utilisé par les experts pour fixer le taux d'AIPP par lésion. Il aide à l'évaluation médicale ; il ne fixe pas les montants (rôle du référentiel Mornet).
Aggravation
Détérioration de l'état après consolidation. Elle peut justifier une nouvelle expertise et une indemnisation complémentaire.
Sapiteur
Spécialiste auquel l'expert principal fait appel pour un point technique précis (imagerie, spécialité médicale…), sur le fondement de l'article 278 du Code de procédure civile. → Sapiteur : article 278 CPC

Tous les postes de préjudice (nomenclature Dintilhac)

La nomenclature Dintilhac classe chaque conséquence de l'accident dans un poste distinct, évalué séparément pour éviter les doubles indemnisations. Deux axes : patrimonial (le portefeuille) ou extrapatrimonial (la personne) ; temporaire (avant consolidation) ou permanent (après).

Patrimoniaux temporaires — avant consolidation

Dépenses de santé actuelles — DSA
Frais médicaux, paramédicaux, hospitaliers et d'appareillage engagés avant la consolidation, après déduction des prises en charge sociales et mutualistes.
Frais divers — FD
Frais annexes liés à l'accident : déplacements, hébergement, garde d'enfants, honoraires du médecin de recours.
Perte de gains professionnels actuels — PGPA
Revenus perdus entre l'accident et la consolidation, déduction faite des indemnités journalières.
Assistance par tierce personne temporaire — ATP-T
Coût de l'aide humaine nécessaire pendant la convalescence, y compris fournie gratuitement par un proche. → Tierce personne : barème et calcul

Patrimoniaux permanents — après consolidation

Dépenses de santé futures — DSF
Frais médicaux prévisibles à vie, capitalisés (soins, appareillage, renouvellements).
Frais de logement adapté — FLA
Coût d'adaptation du domicile au handicap.
Frais de véhicule adapté — FVA
Surcoût d'aménagement du véhicule, à chaque renouvellement.
Assistance par tierce personne permanente — ATP-P
Aide humaine à vie, capitalisée selon l'âge et l'espérance de vie. L'un des postes les plus lourds. → Tierce personne : barème et capitalisation
Perte de gains professionnels futurs — PGPF
Revenus futurs perdus jusqu'à la retraite, capitalisés. → PGPF : calcul et capitalisation
Incidence professionnelle — IP
Conséquences durables du handicap sur la carrière : pénibilité, dévalorisation, perte de chances d'évolution, retraite anticipée. → Incidence professionnelle : poste et jurisprudence
Préjudice scolaire, universitaire ou de formation — PSU
Atteinte à la scolarité, aux études ou à la formation des jeunes victimes (retard, réorientation, perte d'années).

Extrapatrimoniaux temporaires — avant consolidation

Déficit fonctionnel temporaire — DFT (DFTT / DFTP)
Gêne dans la vie quotidienne avant consolidation, totale (DFTT) ou partielle par classe (DFTP). → DFT : DFTT, DFTP et taux Mornet
Souffrances endurées — SE · pretium doloris
Douleurs physiques et morales subies jusqu'à la consolidation, cotées de 1/7 à 7/7 par l'expert. → Souffrances endurées : échelle 1/7 à 7/7
Préjudice esthétique temporaire — PET
Atteinte temporaire à l'apparence physique, avant consolidation. → Préjudice esthétique : cotation

Extrapatrimoniaux permanents — après consolidation

Déficit fonctionnel permanent — DFP · AIPP
Réduction définitive du potentiel physique, sensoriel, intellectuel ou psychique, douleurs permanentes et perte de qualité de vie. Exprimé en taux par l'expert. → DFP : taux, barème, jurisprudence
Préjudice d'agrément — PA
Impossibilité de poursuivre une activité spécifique de loisir ou de sport pratiquée avant l'accident. Distinct du DFP. → Situé dans la nomenclature Dintilhac
Préjudice esthétique permanent — PEP
Atteinte définitive à l'apparence, cotée de 1/7 à 7/7. → Préjudice esthétique : cotation et Mornet
Préjudice sexuel — PS
Atteinte à la sexualité : au plaisir, à l'acte, ou à la capacité de procréer.
Préjudice d'établissement — PE
Perte de chance de réaliser un projet de vie familiale normal (se marier, fonder une famille) en raison de la gravité des séquelles.
Préjudices permanents exceptionnels — PEX
Préjudices atypiques non couverts par les autres postes (ex. préjudice spécifique des victimes d'attentats).

Préjudice autonome consacré par la jurisprudence

Angoisse de mort imminente
Souffrance spécifique de la victime consciente de sa mort possible ou prochaine. Consacrée comme poste autonome, distinct des souffrances endurées. → Un nouveau préjudice reconnu

Victimes indirectes — proches, par ricochet

Préjudice d'affection
Souffrance morale des proches liée à l'atteinte grave ou au décès de la victime directe.
Préjudice économique des proches
Perte de soutien économique subie par les proches en cas de décès ou de grave incapacité de la victime.
Frais d'obsèques
Coût des funérailles restant à la charge des proches.
Troubles dans les conditions d'existence
Bouleversement durable de la vie quotidienne des proches d'une victime gravement handicapée.
Préjudice d'attente et d'inquiétude
Angoisse des proches pendant la phase critique, consacrée par la jurisprudence comme poste autonome.
Préjudice d'accompagnement
Sacrifices consentis par les proches accompagnant une victime en fin de vie ou en grand handicap.

Les barèmes et le calcul

Les outils qui transforment les séquelles décrites à l'expertise en montants.

Référentiel Mornet
Recueil indicatif largement utilisé par les magistrats pour situer les montants par poste. Indicatif : il ne s'impose pas au juge, qui apprécie souverainement. → Barèmes et statistiques : le guide
Valeur du point
Montant attribué à chaque point de DFP, variable selon l'âge de la victime et le taux retenu. Multiplié par le taux, il donne l'indemnisation du déficit fonctionnel permanent.
Capitalisation
Technique qui convertit une aide ou une perte annuelle et durable en un capital unique, à l'aide d'un barème de capitalisation tenant compte de l'âge et de l'espérance de vie. → Le calcul de l'aide humaine (capitalisation)
Barème de capitalisation
Table (par ex. Gazette du Palais) qui donne le coefficient permettant de transformer une rente annuelle en capital, selon l'âge et le sexe.
Créance des tiers payeurs — recours · subrogation
Sommes déjà versées à la victime par la Sécurité sociale, la mutuelle ou l'employeur, que ces organismes récupèrent sur l'indemnisation. Ce n'est pas un poste de la victime : la loi impose qu'elle soit indemnisée en priorité, poste par poste. → Les victimes indemnisées avant les organismes

Les acteurs et les intervenants

Qui fait quoi autour du dossier — et pourquoi les rôles ne se confondent pas.

Médecin de recours — médecin-conseil de victime
Médecin choisi par la victime pour préparer son dossier, l'assister à l'expertise et défendre une juste évaluation de ses séquelles, à égalité de langage médical avec le médecin de l'organisme. → Médecin de recours : critères et coût
Médecin de l'organisme — médecin-conseil d'assurance
Médecin mandaté par celui qui doit payer. Son rôle est légitime, mais son intérêt est de maîtriser le coût de l'indemnisation.
Médecin expert judiciaire
Médecin désigné par un juge pour réaliser une expertise. En principe indépendant des parties, il rend son rapport au tribunal. → Médecin expert judiciaire : statut et mission
Avocat spécialisé en dommage corporel
Avocat qui porte la partie juridique et la négociation de l'indemnisation. Domaine du droit à part entière ; il coordonne son travail avec le médecin de recours dans le seul intérêt de la victime. → Pourquoi un avocat spécialisé
FGAO — Fonds de garantie des assurances obligatoires
Indemnise les victimes d'accidents de la circulation lorsque le responsable est inconnu ou non assuré.
FGTI — Fonds de garantie des victimes d'infractions et d'actes de terrorisme
Indemnise les victimes d'infractions (agressions, terrorisme), via la CIVI.
ONIAM — Office national d'indemnisation des accidents médicaux
Indemnise certains accidents médicaux non fautifs (aléa thérapeutique, infections nosocomiales graves), en principe après passage devant une CCI. → ONIAM et accident médical non fautif
CCI — Commission de conciliation et d'indemnisation
Commission régionale saisie en matière d'accidents médicaux, qui rend un avis pouvant conduire à une offre de l'assureur ou de l'ONIAM.
CPAM
Caisse primaire d'assurance maladie. Elle prend en charge une partie des soins et exerce ensuite son recours (créance de tiers payeur) sur l'indemnisation.