Droit pratique

Nomenclature Dintilhac : les 28 postes de préjudice corporel

Définition juridique, mécanisme et application des 28 postes de préjudice de la nomenclature Dintilhac, référentiel jurisprudentiel utilisé en France depuis 2005.

Par La Gazette des Victimes · Vérifié par des avocats et spécialistes du droit | | Mis à jour le 6 mai 2026 | 7 min de lecture

En bref : La nomenclature Dintilhac est le référentiel utilisé par les juridictions françaises pour évaluer et structurer l’indemnisation des victimes d’accidents corporels. Élaborée en 2005, elle recense vingt-huit postes de préjudice organisés selon deux axes : temporaire ou permanent, patrimonial ou extra-patrimonial. Elle n’a pas force de loi, mais la Cour de cassation s’y réfère de façon constante depuis 2007.

Définition : Référentiel jurisprudentiel français qui classe les postes de préjudice corporel indemnisables selon leur nature (patrimoniale ou extra-patrimoniale) et leur ancrage temporel (temporaire ou permanent), afin de garantir le principe de réparation intégrale sans double indemnisation.

Définition juridique

La nomenclature Dintilhac est issue du rapport remis en juillet 2005 par le groupe de travail présidé par Jean-Pierre Dintilhac, alors président de la deuxième chambre civile de la Cour de cassation. Le rapport propose une classification unifiée des postes de préjudice corporel destinée à harmoniser les pratiques des juridictions et des assureurs.

La nomenclature ne repose sur aucun texte législatif. Sa portée juridique tient à trois éléments :

SourceEffet
Circulaire du 22 février 2007 (ministère de la Justice)Recommande l’usage de la nomenclature dans les expertises et missions d’expertise type
Jurisprudence Cour de cassation, 2e ch. civileVisa explicite de la nomenclature depuis 2007 (par exemple Cass. 2e civ., 28 mai 2009, n° 08-16.829)
Article 1240 du Code civilFondement du principe de réparation intégrale qui sous-tend la nomenclature

La nomenclature distingue deux dimensions structurantes : la nature du préjudice (patrimoniale ou extra-patrimoniale) et son ancrage temporel (temporaire avant consolidation ou permanent après consolidation). Elle isole également les préjudices propres aux victimes indirectes (proches).

Mécanisme et application

Les préjudices patrimoniaux temporaires

Pertes financières subies entre l’accident et la consolidation médicale.

PosteCodeContenu
Dépenses de santé actuellesDSAFrais médicaux, paramédicaux, hospitaliers et d’appareillage temporaires, après déduction des prestations sociales et mutualistes
Frais diversFDFrais annexes : déplacements, hébergement, garde d’enfants, honoraires du médecin conseil de victime
Perte de gains professionnels actuelsPGPAPerte de revenus entre l’accident et la consolidation, déduction faite des indemnités journalières
Assistance par tierce personne temporaireATP-TCoût de l’aide humaine nécessaire pendant la convalescence, y compris si elle est fournie gratuitement par un proche, selon une jurisprudence constante de la deuxième chambre civile

Les préjudices patrimoniaux permanents

Pertes financières durables après consolidation.

PosteCodeContenu
Dépenses de santé futuresDSFFrais médicaux prévisibles à vie, capitalisés sur tables de mortalité (Gazette du Palais 2022)
Frais de logement adaptéFLACoût d’adaptation du domicile au handicap
Frais de véhicule adaptéFVASurcoût d’aménagement du véhicule à chaque renouvellement
Assistance par tierce personne permanenteATP-PAide humaine à vie, capitalisée. Référentiel Mornet septembre 2024 : 23 EUR/heure, 412 jours/an pour une présence permanente
Perte de gains professionnels futursPGPFPerte de revenus future jusqu’à la retraite, capitalisée
Incidence professionnelleIPConséquences durables du handicap sur la carrière (pénibilité, dévalorisation, retraite anticipée)
Préjudice scolaire, universitaire ou de formationPSUAtteinte à la scolarité ou à la formation des jeunes victimes

Les préjudices extra-patrimoniaux temporaires

Atteintes à la personne avant consolidation.

PosteCodeContenu
Déficit fonctionnel temporaireDFTGêne dans là vie quotidienne, classée en DFTT (total) ou DFTP (partiel par classe). Référentiel Mornet 2024 : 25 à 33 EUR par jour de DFT total
Souffrances enduréesSEDouleurs physiques et morales jusqu’à la consolidation, cotées 1/7 à 7/7 par l’expert
Préjudice esthétique temporairePETAtteinte temporaire à l’apparence physique

Les préjudices extra-patrimoniaux permanents

Atteintes durables à la personne après consolidation.

PosteCodeContenu
Déficit fonctionnel permanentDFPRéduction définitive du potentiel physique, sensoriel ou psychique. Taux fixé par l’expert. Référentiel Mornet 2024 : valeur du point de 1 500 EUR à 4 500 EUR selon âge et taux
Préjudice d’agrémentPAImpossibilité de poursuivre une activité spécifique de loisirs ou de sport (Cass. 2e civ., 28 mai 2009 précité)
Préjudice esthétique permanentPEPAtteinte définitive à l’apparence, cotée 1/7 à 7/7
Préjudice sexuelPSAtteinte à la sexualité (libido, fonction, reproduction)
Préjudice d’établissementPEPerte de chance de réaliser un projet de vie familiale normal
Préjudices permanents exceptionnelsPEXPréjudices atypiques non couverts par les autres postes (ex. préjudice spécifique des victimes d’attentats, dit « SEDOS »)

Les préjudices des victimes indirectes (proches)

Préjudices propres aux proches d’une victime directe (article 1240 du Code civil et jurisprudence dérivée).

PosteContenu
Préjudice d’affectionSouffrance morale liée à l’atteinte ou au décès du proche
Préjudice économique des prochesPerte de soutien économique en cas de décès de la victime
Frais d’obsèquesCoût des funérailles à la charge des proches
Troubles dans les conditions d’existenceBouleversement durable de là vie quotidienne des proches d’une victime gravement handicapée
Préjudice d’attente et d’inquiétudeAngoisse et inquiétude des proches pendant la phase critique, consacrée par la jurisprudence comme poste autonome
Préjudice d’accompagnementSacrifices consentis par les proches accompagnant une victime en fin de vie ou en grand handicap

Repères chiffrés

Les fourchettes ci-dessous proviennent du référentiel indicatif Mornet, neuvième édition, septembre 2024. Elles ne lient pas les juridictions mais constituent la base usuelle de discussion en expertise.

PosteValeur indicative Mornet 2024
DFT total25 EUR à 33 EUR par jour
Souffrances endurées 4/7 (modérée)12 000 EUR à 20 000 EUR
Souffrances endurées 7/7 (très importante)Au-delà de 80 000 EUR
DFP, point à 30 ans2 500 EUR à 4 500 EUR
DFP, point à 60 ans1 500 EUR à 2 200 EUR
Préjudice d’agrément (atteinte sportive)1 500 EUR à 30 000 EUR selon investissement antérieur
Préjudice d’affection (parent à enfant décédé)30 000 EUR à 40 000 EUR
Frais d’obsèques4 000 EUR à 6 000 EUR (justificatifs)

Chaque chiffre dépend de la motivation expertale et des circonstances individuelles. Les juridictions retiennent une appréciation souveraine et peuvent s’éloigner du référentiel.

Jurisprudence pertinente

DécisionApport
Cass. ass. plén., 19 décembre 2003, n° 02-14.783Le préjudice d’agrément est le préjudice subjectif de caractère personnel résultant des troubles ressentis dans les conditions d’existence
Cass. 2e civ., 28 mai 2009, n° 08-16.829Le préjudice d’agrément vise exclusivement l’impossibilité de pratiquer régulièrement une activité spécifique sportive ou de loisirs ; il est distinct du DFP
Cass. ch. mixte, 25 mars 2022, n° 20-15.624L’angoisse d’une mort imminente subie par la victime est un poste autonome, distinct des souffrances endurées
Cass. 2e civ. FS, 9 mars 2023, n° 21-20.565Réparation intégrale sans perte ni profit ; portée du préjudice économique du conjoint survivant (FIVA)

Pour aller plus loin


Cet article à une vocation purement informative. Il rend compte d’un référentiel jurisprudentiel et de son application en droit français. Il ne constitue ni un conseil juridique, ni une recommandation personnalisée.

Questions fréquentes

Qu'est-ce que la nomenclature Dintilhac en droit français ?

La nomenclature Dintilhac est un référentiel jurisprudentiel, non législatif, élaboré en 2005 par un groupe de travail présidé par Jean-Pierre Dintilhac, alors président de la deuxième chambre civile de la Cour de cassation. Elle recense et définit les postes de préjudice distincts susceptibles d'être indemnisés à la suite d'un accident corporel. Son objectif est d'harmoniser les pratiques des juridictions et d'éviter les doubles indemnisations entre postes.

Quelle est la base juridique de la nomenclature Dintilhac ?

La nomenclature ne repose sur aucun texte législatif unique. Elle tire sa légitimité de la jurisprudence de la Cour de cassation, qui s'y réfère régulièrement depuis 2007, et de la circulaire du 22 février 2007 du ministère de la Justice recommandant son usage dans les expertises judiciaires. Elle est aujourd'hui la référence quasi universelle des juridictions civiles, des assureurs et des experts médicaux.

Comment fonctionne la distinction temporaire/permanent ?

La nomenclature distingue les préjudices selon leur ancrage dans le temps par rapport à la date de consolidation, c'est-à-dire le moment où l'état de santé de la victime est jugé stabilisé. Les préjudices temporaires sont subis entre l'accident et la consolidation. Les préjudices permanents s'apprécient à compter de la consolidation et pour le reste de là vie de la victime. Cette distinction commande la méthode de calcul (indemnisation forfaitaire pour les temporaires, capitalisation pour les permanents).

Que dit la jurisprudence sur le principe de réparation intégrale ?

L'article 1240 du Code civil pose le principe de réparation intégrale : la victime doit être replacée, autant que possible, dans la situation où elle se trouvait avant l'accident, sans perte ni profit. Dans ce cadre, la Cour de cassation rappelle de manière constante que chaque poste Dintilhac doit être évalué séparément afin d'éviter les doubles indemnisations (Cass. 2e civ., 28 mai 2009, n° 08-16.829).

Qu'est-ce que le déficit fonctionnel permanent (DFP) ?

Le DFP est un poste extra-patrimonial permanent qui indemnise la réduction définitive du potentiel physique, sensoriel, intellectuel ou psychique de la victime après consolidation, ainsi que les douleurs permanentes et la perte de qualité de vie. Il est évalué en taux par l'expert médical, puis traduit en somme d'argent à l'aide du référentiel indicatif Mornet. Selon l'édition de septembre 2024 du référentiel, la valeur du point oscille entre 1 500 EUR et 4 500 EUR selon l'âge et le taux de la victime.

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