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Chiffres & données

Tableau d'indemnisation par type de blessure : repères 2026

Fracture, traumatisme crânien, tétraplégie, TSPT : fourchettes d'indemnisation 2026 par type de blessure selon le référentiel Mornet et la jurisprudence récente.

Par La Gazette des Victimes · Relu par Me Sharon Bensemhoun-Gonzalez, avocate au Barreau de Toulouse | | 7 min de lecture

En bref : La nomenclature Dintilhac structure l’indemnisation corporelle en France autour d’une vingtaine de postes de préjudice. Les fourchettes effectives varient considérablement selon le type de blessure, le taux de déficit fonctionnel permanent (DFP) retenu par l’expert et l’âge de la victime. Le référentiel Mornet 2024 et la jurisprudence des cours d’appel constituent les repères chiffrés les plus fiables à ce jour.


Définition juridique

L’indemnisation du préjudice corporel en droit français repose sur le principe de réparation intégrale, formulé par la Cour de cassation dès le XIXe siècle et constamment réaffirmé : la victime doit être replacée, autant que possible, dans la situation qui aurait été la sienne sans le dommage subi, sans perte ni profit. Ce principe irrigue l’ensemble des postes de la nomenclature Dintilhac (rapport du groupe de travail présidé par Jean-Pierre Dintilhac, publié en 2005 et adopté par la quasi-totalité des juridictions françaises).

La nomenclature distingue deux grandes familles de préjudices :

  • Préjudices patrimoniaux : pertes économiques quantifiables (dépenses de santé, perte de gains professionnels, besoin de tierce personne, frais de logement adapté, etc.)
  • Préjudices extrapatrimoniaux : atteintes aux droits de la personnalité (déficit fonctionnel temporaire, déficit fonctionnel permanent, souffrances endurées, préjudice esthétique, préjudice d’agrément, préjudice sexuel, etc.)

La valeur du point d’incapacité — unité monétaire appliquée au taux de DFP — est indicative et dépend de l’âge de la victime au moment de la consolidation. Elle n’est fixée par aucun texte réglementaire ; elle résulte de la pratique jurisprudentielle synthétisée dans le référentiel Mornet (Cour d’appel de Paris, édition 2024).


Mécanisme et application

Comment se construit le quantum indemnitaire ?

L’indemnisation globale d’une victime résulte de l’addition des postes Dintilhac applicables à sa situation. Deux variables structurantes déterminent l’ordre de grandeur :

  1. Le taux de DFP (0 à 100 %) retenu par l’expert médical après consolidation
  2. L’âge de la victime à la consolidation, qui conditionne la valeur du point et, pour les postes à vie (tierce personne, perte de gains futurs), le coefficient de capitalisation (tables de mortalité INSEE, référentiel de la Gazette du Palais)

La formule centrale pour le poste DFP est : taux DFP × valeur du point selon l'âge. Selon le référentiel Mornet 2024, la valeur du point varie d’environ 1 900 EUR à 25 ans à 750 EUR à 75 ans pour un taux de 10 %, avec une modulation progressive.


Repères chiffrés

Grand tableau d’indemnisation par type de blessure — Fourchettes indicatives 2026

Les fourchettes ci-dessous synthétisent les données issues du référentiel Mornet 2024, des rapports annuels de l’ONIAM (Office National d’Indemnisation des Accidents Médicaux) et de décisions publiées de cours d’appel françaises (Paris, Lyon, Aix-en-Provence, Bordeaux) entre 2022 et 2024. Elles sont indicatives et ne préjugent pas du résultat d’une procédure individuelle.

Type de blessureDFP moyen retenuFourchette totale indicativePostes principaux concernés
Fracture simple consolidée sans séquelle0 – 3 %3 000 – 15 000 EURDFT, souffrances endurées (1/7 à 2/7), préjudice esthétique temporaire
Fracture complexe avec séquelles fonctionnelles5 – 15 %20 000 – 80 000 EURDFT, DFP, souffrances (3/7 à 4/7), PGPA si arrêt de travail prolongé
Entorse grave (cheville, genou, épaule)3 – 10 %8 000 – 40 000 EURDFT, DFP, préjudice d’agrément si activité sportive documentée
Rupture ligamentaire opérée5 – 12 %15 000 – 60 000 EURDFT classe III, DFP, souffrances (3/7), préjudice d’agrément
Hernie discale post-traumatique5 – 20 %15 000 – 90 000 EURDFT, DFP, souffrances, PGPF si reconversion professionnelle
Traumatisme crânien léger (commotionnel)1 – 5 %5 000 – 30 000 EURDFT, DFP, souffrances, déficit cognitif léger
Traumatisme crânien modéré10 – 30 %50 000 – 250 000 EURDFT, DFP, PGPF, tierce personne temporaire, souffrances (4/7 à 5/7)
Traumatisme crânien grave (séquelles sévères)40 – 85 %300 000 – 2 500 000 EURDFP, tierce personne à vie, PGPF total, frais d’adaptation du logement, préjudice d’établissement
Paraplégie75 – 90 %800 000 – 2 000 000 EURDFP, tierce personne à vie (20-25 EUR/h selon CA Paris 2023), logement/véhicule adaptés, PGPF, préjudice sexuel
Tétraplégie90 – 100 %1 500 000 – 4 000 000 EURDFP, tierce personne lourde à vie (parfois 24h/24), appareillage, logement spécialisé, PGPF total, tous préjudices extra-patrimoniaux au maximum
Amputation membre inférieur40 – 60 %200 000 – 700 000 EURDFP, appareillage prothétique (renouvellement tout au long de la vie), DFT, souffrances (5/7), préjudice esthétique (4/7 à 5/7)
Amputation membre supérieur50 – 70 %250 000 – 900 000 EURDFP, prothèse fonctionnelle/esthétique, tierce personne, PGPF, préjudice sexuel
Brûlure étendue (> 20 % surface corporelle)20 – 60 %100 000 – 800 000 EURSouffrances endurées maximales (6/7 à 7/7), préjudice esthétique majeur (5/7 à 7/7), DFP, DFT long, préjudice d’agrément
Lésion nerveuse périphérique10 – 40 %30 000 – 200 000 EURDFP, souffrances (neuropathiques, 4/7 à 6/7), préjudice d’agrément, PGPF selon localisation
Perte d’un organe (rein, œil, etc.)20 – 40 %40 000 – 250 000 EURDFP, souffrances, préjudice esthétique, préjudice d’agrément, contraintes médicales futures
Séquelles psychologiques — TSPT (état de stress post-traumatique)5 – 25 %15 000 – 120 000 EURDFP, souffrances endurées, préjudice d’agrément, préjudice d’établissement si jeune victime, frais de soins psychothérapeutiques

Sources : Référentiel Mornet 2024 (Cour d’appel de Paris) ; Rapports annuels ONIAM 2022 et 2023 ; Recueil de jurisprudence des cours d’appel de Paris, Lyon, Aix-en-Provence et Bordeaux (2022-2024).


Précisions méthodologiques sur les fourchettes

Pourquoi des écarts aussi larges ? Plusieurs paramètres font varier le quantum à l’intérieur de chaque fourchette :

  • L’âge à la consolidation : une victime de 20 ans avec 50 % de DFP obtiendra une indemnisation DFP deux à trois fois supérieure à celle d’une victime de 65 ans avec le même taux, en raison de la valeur du point.
  • La situation professionnelle : la perte de gains professionnels futurs (PGPF) peut représenter à elle seule plusieurs centaines de milliers d’euros pour un cadre supérieur jeune.
  • Le besoin de tierce personne : la Cour d’appel de Paris retient depuis 2022 une fourchette de 20 à 25 EUR/h pour la tierce personne non professionnelle (arrêts ch. 4-7, 2023). Pour une assistance de 4h/j à vie, capitalisée à 25 ans, cela représente entre 700 000 et 900 000 EUR selon les tables en vigueur.
  • Les préjudices extrapatrimoniaux spécifiques : le préjudice d’établissement (impossibilité de fonder un foyer), le préjudice sexuel et le préjudice d’agrément sont évalués indépendamment et peuvent représenter 20 000 à 80 000 EUR supplémentaires selon la jurisprudence récente.

Le cas particulier des traumatismes crâniens graves

L’ONIAM, dans son rapport d’activité 2023, souligne que les dossiers de traumatisme crânien grave constituent les indemnisations les plus élevées de son portefeuille, avec une médiane dépassant 1,2 million d’euros pour les victimes en état végétatif ou pauci-relationnel. La Cour d’appel de Paris (ch. 4-7, arrêt du 14 septembre 2023, n° de rôle publié au bulletin) a alloué une indemnité totale de 2,3 millions d’euros à une victime de 24 ans en état pauci-relationnel consécutif à un accident de la circulation, en retenant notamment 24h/24 de tierce personne professionnelle capitalisée sur l’espérance de vie.

TSPT : un poste encore sous-évalué ?

Le traumatisme psychologique post-accidentel fait l’objet d’une attention jurisprudentielle croissante. Longtemps cantonné à un sous-poste des « souffrances endurées », le TSPT documenté (diagnostic CIM-11 ou DSM-5 posé par un psychiatre expert) tend à être valorisé de façon autonome sous le poste DFP et souffrances endurées, mais aussi sous le préjudice d’agrément lorsqu’il empêche la reprise d’activités antérieures. Plusieurs arrêts de cour d’appel entre 2022 et 2024 ont reconnu des taux de DFP de 15 à 25 % pour des TSPT sévères isolés, hors toute atteinte physique.


Pour aller plus loin

Questions fréquentes

Qu'est-ce que le référentiel Mornet et quelle est sa valeur juridique ?

Le référentiel Mornet (officiellement « Référentiel indicatif régional d'indemnisation des préjudices corporels ») est un outil de convergence jurisprudentielle publié par la Cour d'appel de Paris et régulièrement mis à jour. Il n'a pas de force normative : aucun texte de loi ne l'impose. Mais en pratique, les barreaux spécialisés, les assureurs et de nombreuses cours d'appel s'y réfèrent comme grille de lecture commune. Sa dernière édition (2024) sert de socle aux fourchettes présentées dans cet article.

Comment le taux d'incapacité permanente partielle (IPP ou DFP) est-il évalué médicalement ?

Le déficit fonctionnel permanent (DFP) est évalué par un médecin expert — soit amiable (missionné par l'assureur), soit judiciaire (désigné par le tribunal). L'expert se réfère au Barème indicatif des déficits fonctionnels séquellaires en droit commun (dit « barème Rousseau » ou barème ONIAM pour les accidents médicaux). Ce taux, exprimé en pourcentage, reflète l'atteinte à l'intégrité physique et psychique de la victime après consolidation. Il constitue l'un des principaux déterminants du quantum indemnitaire, mais n'est pas le seul : l'âge, la profession, les préjudices extrapatrimoniaux et les besoins en tierce personne jouent également un rôle majeur.

Quelle est la base juridique du poste « déficit fonctionnel permanent » dans la nomenclature Dintilhac ?

La nomenclature Dintilhac (rapport du groupe de travail présidé par Jean-Pierre Dintilhac, 2005) n'a pas de valeur législative directe, mais elle est consacrée par une jurisprudence constante de la Cour de cassation. Le DFP y est défini comme « la réduction définitive du potentiel physique, psychosensoriel ou intellectuel résultant de l'atteinte à l'intégrité anatomo-physiologique médicalement constatée après consolidation ». Cour de cassation, 2e civ., 28 mai 2009, n° 08-16.829, en constitue l'une des premières consécrations explicites.

Que dit la jurisprudence récente sur l'indemnisation du traumatisme crânien grave ?

Les juridictions françaises ont sensiblement rehaussé les indemnisations pour traumatisme crânien grave depuis le début des années 2020. La Cour d'appel de Paris (ch. 4-7, 2023) a alloué des indemnités totales dépassant 2 millions d'euros pour des victimes jeunes avec état végétatif chronique, intégrant notamment des postes de tierce personne à vie évalués sur une base horaire revalorisée (20 à 25 EUR/h selon les arrêts). L'ONIAM publie par ailleurs des données de synthèse dans ses rapports annuels d'activité qui confirment cette tendance haussière.

Quelle différence y a-t-il entre le déficit fonctionnel temporaire et le déficit fonctionnel permanent dans le calcul de l'indemnisation ?

Le déficit fonctionnel temporaire (DFT) couvre la période antérieure à la consolidation médicale : il indemnise la gêne dans les actes de la vie courante pendant la convalescence. Il est calculé sur une base journalière (entre 25 et 35 EUR/j selon la classe de DFT retenue dans la nomenclature Mornet 2024). Le déficit fonctionnel permanent (DFP), quant à lui, s'applique après consolidation et représente les séquelles définitives. Son indemnisation est calculée en multipliant la valeur du point d'incapacité (variable selon l'âge) par le taux retenu par l'expert. Ces deux postes sont strictement distincts et cumulables dans la nomenclature Dintilhac.

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