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Chiffres & données

Indemnisation ITT : tableau des montants selon les jours (DFT 2024)

Que dit le droit sur l'indemnisation du DFT selon le nombre de jours d'ITT ? Barème Mornet 2024 : fourchettes de 3 à 180 jours et plus, expliquées.

Par La Gazette des Victimes · Relu par Me Sharon Bensemhoun-Gonzalez, avocate au Barreau de Toulouse | | 7 min de lecture

En bref : Le déficit fonctionnel temporaire (DFT), souvent confondu avec l’ITT pénale, est le poste d’indemnisation du droit civil qui compense la perte de qualité de vie entre l’accident et la consolidation. Son montant dépend d’une base journalière, d’un taux fonctionnel et du nombre de jours reconnus par l’expert. Le référentiel Mornet 2024 retient une fourchette nationale de 27 à 30 euros par jour pour un DFT total.


Définition juridique

ITT pénale et DFT civil : deux concepts distincts

En droit français, deux notions coexistent autour de la notion d’« incapacité » post-traumatique, et leur confusion est fréquente y compris dans la presse généraliste.

L’ITT (incapacité totale de travail) est une notion exclusivement pénale. Elle est retenue par le médecin légiste ou le praticien urgentiste pour qualifier la gravité d’une atteinte corporelle. Elle conditionne la compétence juridictionnelle — tribunal correctionnel si l’ITT excède 8 jours, tribunal de police en deçà — et la qualification pénale de l’infraction (violences légères, graves ou aggravées). L’ITT pénale ne génère aucune indemnisation directe en tant que telle.

Le DFT (déficit fonctionnel temporaire) est la traduction civile de cette réalité médicale. Issu de la nomenclature Dintilhac (rapport remis au garde des Sceaux en 2005, toujours en vigueur), il figure parmi les préjudices extrapatrimoniaux temporaires. Il indemnise la perte de qualité de vie, la privation des activités habituelles (sportives, familiales, sociales, de loisirs) et la gêne dans les actes de la vie quotidienne, entre la date du fait dommageable et la date de consolidation médicale.

Base juridique

Le DFT s’appuie sur le principe de réparation intégrale du préjudice, consacré de longue date par la Cour de cassation (Cass. civ. 2e, 28 oct. 1954, fondateur). En matière d’accidents de la circulation, la loi Badinter du 5 juillet 1985 (art. 12 et 13) impose à l’assureur une obligation d’offre incluant ce poste dans des délais stricts. En droit médical, l’ONIAM applique la même nomenclature pour les accidents médicaux non fautifs (art. L. 1142-1 et suivants du Code de la santé publique).


Mécanisme et application

La formule de calcul

L’indemnisation du DFT obéit à une formule tripartite appliquée de manière quasi-universelle par les juridictions françaises :

Montant DFT = base journalière × taux de DFT × nombre de jours

Chaque terme mérite une explication précise.

La base journalière est fixée par le référentiel applicable dans le ressort de la cour d’appel saisie. Le référentiel Mornet 2024 retient une fourchette nationale de 27 à 30 euros par jour pour un DFT total (100 %). Certaines cours d’appel — Paris, Versailles, Lyon notamment — peuvent s’en écarter à la hausse ou à la baisse selon leurs pratiques propres.

Le taux de DFT est déterminé par l’expert médical judiciaire désigné par le tribunal. Il distingue plusieurs phases fonctionnelles :

  • DFT total (100 %) : hospitalisation, immobilisation stricte au lit, impossibilité totale de mener les actes de la vie courante.
  • DFT partiel à 75 % : retour à domicile mais déplacements très limités, dépendance partielle à une tierce personne.
  • DFT partiel à 50 % : gêne significative mais autonomie partielle acquise, soins ambulatoires réguliers.
  • DFT partiel à 25 % : gêne résiduelle légère, reprise progressive des activités, séquelles fonctionnelles mineures en phase finale.

Le nombre de jours correspond à la durée exacte de chaque phase telle que retenue par l’expert dans son rapport définitif. Un expert peut ainsi retenir, pour un même dossier, 15 jours de DFT total (hospitalisation), puis 45 jours de DFT à 50 % (convalescence à domicile), puis 30 jours de DFT à 25 % (reprise partielle). Chaque phase est calculée séparément, puis les résultats sont additionnés.

Les facteurs d’influence

Plusieurs éléments peuvent modifier significativement le montant final reconnu au titre du DFT.

La qualité du rapport d’expertise médicale est déterminante : c’est l’expert qui établit les durées et les taux. Un rapport imprécis ou incomplet peut conduire à des indemnisations insuffisantes. La contre-expertise amiable ou judiciaire constitue l’un des mécanismes procéduraux permettant de remettre en cause une évaluation.

Le ressort géographique de la juridiction joue un rôle réel : les pratiques indemnitaires varient d’une cour d’appel à l’autre. Le référentiel Mornet signale ces disparités territoriales sans les effacer.

La nature du fait générateur (accident de la route, agression, accident médical, accident du travail avec faute inexcusable de l’employeur) peut influer sur le cadre procédural applicable, sans modifier la définition du poste DFT lui-même.


Repères chiffrés

Tableau des fourchettes d’indemnisation du DFT par durée

Le tableau ci-dessous est construit sur la base du référentiel Mornet 2024 (fourchette nationale : 27 à 30 euros/jour pour DFT 100 %). Les montants sont donnés à titre indicatif pour un DFT total (100 %) sur toute la durée, ce qui constitue le scénario le plus favorable. Dans la réalité des expertises, la majorité des dossiers combinent plusieurs phases à des taux différents.

Source : Référentiel Mornet 2024 — Observatoire du Droit à l’Indemnisation du Préjudice / pratiques des cours d’appel françaises.

Durée d’ITT / DFTDFT 100 % (base 27 €/j)DFT 100 % (base 30 €/j)DFT 50 % (base 28,5 €/j moy.)DFT 25 % (base 28,5 €/j moy.)
3 jours81 €90 €43 €21 €
5 jours135 €150 €71 €36 €
10 jours270 €300 €143 €71 €
15 jours405 €450 €214 €107 €
21 jours567 €630 €299 €150 €
30 jours810 €900 €428 €214 €
45 jours1 215 €1 350 €641 €321 €
60 jours1 620 €1 800 €855 €428 €
90 jours2 430 €2 700 €1 283 €641 €
120 jours3 240 €3 600 €1 710 €855 €
180 jours4 860 €5 400 €2 565 €1 283 €
180 jours et plusÀ calculer proportionnellementÀ calculer proportionnellement

Lecture du tableau : Pour un polytraumatisé hospitalisé 15 jours (DFT 100 %), puis en rééducation 45 jours (DFT 50 %), puis en reprise progressive 30 jours (DFT 25 %), le DFT total théorique se situerait entre 450 + 641 + 214 = 1 305 € et 450 + 683 + 214 = 1 347 € selon la base journalière retenue par la juridiction. Ce type de calcul composite est la norme dans les dossiers moyennement graves.

Disparités territoriales observées

Le référentiel Mornet 2024 documente des variations inter-juridictions sensibles. À titre d’illustration, certaines cours d’appel de l’ouest de la France ont pu retenir des bases journalières légèrement inférieures à 27 euros, tandis que la cour d’appel de Paris s’est historiquement positionnée dans la fourchette haute. Ces écarts, bien que réduits par la diffusion du référentiel Mornet, demeurent réels et constituent un facteur d’incertitude dans toute évaluation préalable.

Ce que le DFT n’indemnise pas

Il est essentiel de rappeler que le DFT ne couvre pas :

  • La perte de revenus professionnels (poste PGPF — perte de gains professionnels futurs, ou PGPA — perte de gains professionnels actuels), qui est un poste patrimonial distinct.
  • Les souffrances endurées (SE), également appelées pretium doloris, qui constituent un poste extrapatrimonial autonome évalué de 1 à 7 sur l’échelle médico-légale.
  • Le préjudice esthétique temporaire (PET), lui aussi distinct depuis la nomenclature Dintilhac.
  • Les dépenses de santé actuelles (DSA), qui relèvent des postes patrimoniaux.

Un dossier d’indemnisation corporelle comporte en général entre 8 et 15 postes de préjudice distincts au sens Dintilhac. Le DFT n’en est qu’un, même si, dans les dossiers de faible gravité (ITT courte, pas de séquelle), il peut représenter la part principale de l’indemnisation.


Pour aller plus loin

  • [La nomenclature Dintilhac : les 29 postes de préjudice expliqués] — présentation complète de la structure d’indemnisation du droit civil français.
  • [Déficit fonctionnel permanent (DFP) : définition et barème par taux] — le pendant définitif du DFT, applicable après consolidation.
  • [Souffrances endurées : l’échelle médico-légale de 1 à 7 et les fourchettes Mornet] — un poste souvent sous-évalué dans les offres amiables.
  • [L’expertise médicale judiciaire : déroulement et enjeux pour la victime] — comprendre la procédure qui fixe les taux et durées de DFT.

Questions fréquentes

Quelle est la différence entre l'ITT pénale et le DFT civil en droit français ?

L'ITT (incapacité totale de travail) est une notion du droit pénal, utilisée par les médecins légistes et les parquets pour qualifier la gravité de l'atteinte corporelle et déterminer la compétence juridictionnelle. Elle mesure la durée pendant laquelle la victime ne peut accomplir ses actes de la vie courante. Le DFT (déficit fonctionnel temporaire) est quant à lui un poste de préjudice issu de la nomenclature Dintilhac, propre au droit civil de la réparation. Il traduit la perte de qualité de vie et des joies usuelles de l'existence subie entre la date de l'accident et la consolidation. Ces deux notions recouvrent des réalités proches mais ne sont pas juridiquement superposables : le DFT peut être partiel (25 %, 50 %, 75 %, 100 %) selon le degré d'atteinte fonctionnelle constaté par l'expert médical judiciaire.

Comment le déficit fonctionnel temporaire (DFT) est-il calculé juridiquement ?

Le calcul juridique du DFT repose sur une formule tripartite : base journalière × taux de DFT × nombre de jours. La base journalière est fixée par le référentiel applicable dans le ressort de la juridiction saisie. Le référentiel Mornet 2024, utilisé comme repère par de nombreuses cours d'appel françaises, retient une base indicative de 27 à 30 euros par jour pour un DFT total (100 %). Lorsque l'expert retient un DFT partiel — par exemple 50 % pendant une phase de soins ambulatoires — le taux est appliqué proportionnellement. Les périodes d'hospitalisation sont en principe indemnisées au taux de 100 %, les phases d'immobilisation à domicile pouvant l'être à des taux inférieurs selon l'état fonctionnel constaté.

Qu'est-ce que le référentiel Mornet et quelle est sa portée juridique en 2024 ?

Le référentiel dit « Mornet » (du nom du magistrat Yvonne Mornet) est un outil d'aide à l'évaluation du préjudice corporel publié périodiquement par l'Observatoire du Droit à l'Indemnisation du Préjudice (ONIAM, actualisé avec le concours des juridictions). Il synthétise les pratiques indemnitaires de l'ensemble des cours d'appel françaises sur chaque poste Dintilhac. Sa portée est indicative et non obligatoire : les juges du fond conservent leur pouvoir souverain d'appréciation. Toutefois, il constitue en 2024 la référence la plus largement citée par les juridictions comme par les assureurs en phase amiable. La version 2024 retient, pour le DFT total, une fourchette nationale de 27 à 30 euros par jour, avec des variations selon les cours d'appel.

Que couvre exactement le poste DFT dans la nomenclature Dintilhac ?

Dans la nomenclature Dintilhac, le DFT (déficit fonctionnel temporaire) figure parmi les préjudices extrapatrimoniaux temporaires, c'est-à-dire les préjudices non économiques subis avant la date de consolidation. Il indemnise la perte de qualité de vie, la privation temporaire des activités habituelles (sportives, familiales, sociales, de loisirs) et la gêne dans les actes de la vie quotidienne. Il est distinct du DFP (déficit fonctionnel permanent), qui couvre les séquelles définitives après consolidation, et des souffrances endurées (SE), qui constituent un poste indépendant. Le DFT ne compense pas la perte de revenus professionnels, laquelle relève du poste patrimonial PGPF (perte de gains professionnels futurs) ou IPP.

Quelle est la base juridique de l'indemnisation du déficit fonctionnel temporaire en France ?

L'indemnisation du DFT repose sur le principe de réparation intégrale du préjudice, consacré par la jurisprudence de la Cour de cassation (Cass. civ. 2e, 28 oct. 1954, fondateur ; réaffirmé notamment par Cass. civ. 2e, 19 juin 2003). La nomenclature Dintilhac, issue du rapport remis au garde des Sceaux en 2005, a structuré ce poste comme une catégorie autonome de préjudice extrapatrimonial temporaire. En matière d'accidents de la circulation, la loi Badinter du 5 juillet 1985 impose une obligation d'offre d'indemnisation dans des délais stricts (art. 12 et 13), dans le cadre de laquelle le DFT doit figurer. En droit médical, l'ONIAM applique également la nomenclature Dintilhac pour les accidents médicaux non fautifs (art. L. 1142-1 et suivants du Code de la santé publique).

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