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Droit pratique

Tierce personne après un accident : définition et calcul

Le poste tierce personne (ATP) indemnise l'aide humaine après un accident. Définition juridique, taux horaires de référence et capitalisation expliqués.

Par La Gazette des Victimes · Relu par Me Sharon Bensemhoun-Gonzalez, avocate au Barreau de Toulouse | | 7 min de lecture

En bref : Le poste « tierce personne » de la nomenclature Dintilhac indemnise le besoin d’assistance humaine créé par un accident corporel. Il couvre aussi bien l’aide fournie par un professionnel que celle, gratuite, d’un proche. Son montant dépend du nombre d’heures retenu par l’expert et du taux horaire de référence ; pour le futur, il est converti en capital par un mécanisme de capitalisation.


Définition juridique

Le poste Assistance par Tierce Personne (ATP) figure dans la nomenclature Dintilhac de 2005, référentiel adopté par la quasi-totalité des juridictions françaises pour structurer l’indemnisation des préjudices corporels. Il appartient à la catégorie des préjudices patrimoniaux : il ne compense pas une douleur, mais un besoin économiquement quantifiable — celui de recourir à une aide humaine pour accomplir les actes de la vie courante que la victime ne peut plus réaliser seule en raison de ses séquelles.

La nomenclature distingue deux sous-postes :

  • L’ATP temporaire : couvre la période allant du fait dommageable jusqu’à la date de consolidation (c’est-à-dire jusqu’à la stabilisation de l’état de santé). Elle répond aux besoins d’assistance apparus pendant la phase de soins et de rééducation.
  • L’ATP permanente (ou définitive) : couvre les besoins d’assistance subsistant après la consolidation, par définition projetés sur l’ensemble de la vie restante de la victime.

Sur le plan légal, aucun texte de loi ne définit précisément ce poste pour les accidents de droit commun. Son existence repose sur le principe de réparation intégrale, consacré notamment par l’article 1240 du Code civil (anciennement 1382), qui impose de replacer la victime dans la situation qui aurait été la sienne sans le dommage. C’est la jurisprudence, et en particulier la Cour de cassation, qui en a progressivement défini les contours.


Mécanisme et application

Qui peut bénéficier de ce poste ?

Toute victime dont les séquelles — physiques, neurologiques ou cognitives — nécessitent l’intervention d’un tiers pour accomplir les actes essentiels de la vie quotidienne est susceptible de voir ce poste retenu : se lever, se laver, s’habiller, se préparer à manger, se déplacer au sein du domicile, ou encore gérer ses propres affaires administratives en cas d’atteinte cognitive. Le besoin est évalué par un médecin expert mandaté dans le cadre de l’expertise judiciaire ou amiable.

L’expert précise, dans son rapport, le nombre d’heures d’assistance nécessaires par jour ou par semaine, ainsi que la nature des actes concernés (aide active, surveillance, stimulation). C’est ce quantum horaire qui sert de base de calcul.

Le principe fondamental : l’aide familiale est également indemnisable

C’est l’un des points les plus mal connus des victimes et de leurs proches. La Cour de cassation a posé, dans un arrêt du 28 février 1996 (2e chambre civile, n° 93-20.799), que le caractère bénévole de l’assistance fournie par un membre de la famille ne prive pas la victime de son droit à indemnisation. Le préjudice est celui de la victime elle-même — le besoin d’être aidée —, et ce préjudice existe indépendamment du fait qu’un proche ait accepté de le combler gratuitement.

Ce principe a été réaffirmé à de multiples reprises. Les juridictions appliquent néanmoins, dans la plupart des cas, un abattement — généralement de l’ordre de 20 à 25 % — sur le taux horaire lorsque l’aide est assurée par un proche non professionnel, pour tenir compte de l’absence de charges sociales et patronales.

La différence entre aide professionnelle et aide familiale

Du point de vue juridique, la distinction n’est pas celle de la qualité ou de l’intensité de l’aide, mais celle de son régime économique :

  • L’aide professionnelle s’appuie sur un contrat de travail ou une prestation de service. Elle génère des charges sociales et patronales, et peut être justifiée par des factures ou bulletins de paie. Le taux horaire retenu s’aligne sur les conventions collectives applicables.
  • L’aide familiale est fournie bénévolement par un proche (conjoint, parent, enfant, frère ou sœur). Elle ne génère pas de justificatif comptable. Sa valorisation repose sur un taux horaire de référence, auquel les juges appliquent généralement un abattement.

Dans les deux cas, c’est le rapport d’expertise médicale qui fixe le volume horaire d’assistance objectivement nécessaire, indépendamment de la personne qui l’assure effectivement.

Le calcul concret du montant

La formule de base est la suivante :

ÉlémentExemple indicatif
Nombre d’heures d’aide par jour (retenu par l’expert)2 heures
Nombre de jours par an365 jours
Heures annuelles totales730 heures
Taux horaire de référence (aide professionnelle)18 EUR/h
Coût annuel brut13 140 EUR
Abattement aide familiale (–20 %)–2 628 EUR
Base annuelle après abattement10 512 EUR

Ces chiffres sont purement illustratifs et ne constituent pas un barème officiel.

Pour l’ATP temporaire, le calcul porte sur la durée effective de la phase de consolidation. Pour l’ATP permanente, il fait appel à la capitalisation.


Repères chiffrés

Taux horaires observés dans la jurisprudence

Les taux horaires retenus par les cours d’appel françaises ne sont pas uniformes. Ils s’établissent généralement dans les fourchettes suivantes, selon les années de décision et les ressorts :

Type d’aideFourchette indicative (jurisprudence)
Aide professionnelle qualifiée16 EUR – 22 EUR / heure
Aide professionnelle non qualifiée13 EUR – 17 EUR / heure
Aide familiale (après abattement)11 EUR – 16 EUR / heure

Source : référentiels de barèmes publiés par plusieurs cours d’appel et synthèses doctrinales publiées dans la Gazette du Palais.

Ces fourchettes sont actualisées périodiquement par les juridictions, en fonction de l’évolution du SMIC et des conventions collectives du secteur de l’aide à domicile (notamment la convention collective nationale des particuliers employeurs, IDCC 2111).

La capitalisation : transformer une rente en capital

Pour l’ATP permanente, le montant n’est pas versé chaque mois comme une rente : il est le plus souvent converti en capital unique au moment du jugement. Ce mécanisme s’appelle la capitalisation.

La formule est :

Capital = coût annuel de l’aide × coefficient « euro de rente »

Le coefficient « euro de rente » est extrait d’une table de capitalisation. La table publiée par la Gazette du Palais est celle que les juridictions françaises utilisent le plus fréquemment (tables de 2004, puis de 2011, et plus récemment les tables 2020). Ce coefficient dépend de deux variables :

  • L’âge de la victime au moment de la liquidation du préjudice : plus la victime est jeune, plus le coefficient est élevé, car la durée de besoin est plus longue.
  • Le taux d’actualisation retenu par la table.

À titre indicatif, pour une victime de 40 ans, le coefficient de capitalisation à vie selon les tables Gazette du Palais 2020 (taux 0 %) est de l’ordre de 43 à 45. Pour une victime de 20 ans, il peut dépasser 50. Ces valeurs sont publiées et publiquement accessibles.

Source : Gazette du Palais, tables de capitalisation 2020.


Pour aller plus loin

Les concepts abordés dans cet article s’articulent avec d’autres mécanismes de l’indemnisation corporelle analysés par La Gazette des Victimes :


La Gazette des Victimes est un média d’information juridique indépendant. Ses articles ont une vocation explicative et ne constituent pas un avis juridique. La situation de chaque victime est singulière et relève de l’appréciation de professionnels du droit.

Questions fréquentes

Qu'est-ce que le poste tierce personne dans la nomenclature Dintilhac ?

Le poste tierce personne, aussi appelé ATP (Assistance par Tierce Personne), désigne le préjudice subi par une victime qui, en raison de ses séquelles, ne peut plus accomplir seule les actes essentiels de la vie quotidienne — toilette, habillage, déplacement, repas. La nomenclature Dintilhac (2005) le distingue en deux phases : l'ATP temporaire (avant consolidation) et l'ATP permanente (après consolidation). Il s'agit d'un poste patrimonial, c'est-à-dire qu'il correspond à un besoin économiquement évaluable et non à une souffrance morale.

Comment le taux horaire de référence est-il déterminé pour l'indemnisation de la tierce personne ?

Les tribunaux retiennent généralement un taux horaire calculé à partir du SMIC horaire majoré des charges patronales, ou d'un taux conventionnel issu des conventions collectives des aides à domicile. En pratique, la jurisprudence oscille autour de 13 à 20 EUR de l'heure selon les juridictions et l'année de la décision. Ce taux s'applique au nombre d'heures d'assistance retenu par le médecin expert. Certaines cours d'appel publient leurs propres barèmes annuels de référence.

Quelle est la base juridique du principe selon lequel l'aide familiale ouvre droit à indemnisation ?

C'est la Cour de cassation, dans un arrêt de principe du 28 février 1996 (Cass. 2e civ., n° 93-20.799), qui a posé que le recours bénévole d'un proche n'exclut pas le droit à indemnisation au titre de l'assistance par tierce personne. Ce principe a été confirmé à de nombreuses reprises : la victime subit un préjudice personnel du fait de son besoin d'assistance, indépendamment de la gratuité de l'aide effectivement reçue. La Cour a toutefois précisé qu'un abattement peut être appliqué par les juges du fond lorsque l'aide est fournie par un proche non professionnel.

Qu'est-ce que la capitalisation dans le cadre du poste tierce personne permanente ?

La capitalisation est le mécanisme permettant d'évaluer en capital — c'est-à-dire en une somme versée une seule fois — le coût de l'assistance future dont la victime aura besoin sa vie durant. On multiplie le coût annuel de l'aide (taux horaire × nombre d'heures par an) par un coefficient appelé 'euro de rente', tiré d'une table de capitalisation (la Gazette du Palais publie la table de référence). Ce coefficient dépend de l'âge de la victime au moment du jugement et du taux d'actualisation retenu. Plus la victime est jeune, plus le coefficient est élevé.

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