En bref : aucun texte n’impose de barème de la valeur du point de déficit fonctionnel permanent. Le référentiel indicatif des cours d’appel, repris dans le document de Benoît Mornet, propose une grille nationale et unique croisant la tranche d’âge à la consolidation et la tranche de taux : de 880 EUR le point pour un taux de 1 à 5 % à 81 ans et plus, à 9 020 EUR pour un taux de 96 % et plus avant 10 ans. Ces valeurs relèvent d’un consensus jurisprudentiel élaboré en 2020 et ne sont opposables à personne.
[Correction du 9 septembre 2026 : cet article attribuait le référentiel à l’Association pour la gestion des informations sur le risque en assurance (AGIRA) et publiait un tableau comparatif de la valeur du point pour douze cours d’appel, une grille de majoration par tranche de taux et un écart géographique de 30 à 40 %. Le document est signé de Benoît Mornet, conseiller à la Cour de cassation, et ne relève d’aucune institution ; il ne contient ni tableau par cour d’appel, ni grille de majoration, ni mesure d’écart entre ressorts. Ces trois tableaux ont été retirés et remplacés par la grille nationale réelle, relevée page 70. Source : référentiel Mornet, éditions de septembre 2024 et de septembre 2025.]
Définition juridique
Le déficit fonctionnel permanent (DFP) est l’un des postes de préjudice corporel permanents reconnus par la nomenclature Dintilhac (2005). Il indemnise, après la date de consolidation médicale, l’ensemble des atteintes définitives aux fonctions physiologiques et psychiques de la victime, les douleurs séquellaires permanentes, la perte de qualité de vie ainsi que les troubles dans les conditions d’existence personnelle, familiale et sociale.
Ce poste est distinct du déficit fonctionnel temporaire (DFT), qui s’applique à la période antérieure à la consolidation. Il est également distinct des préjudices patrimoniaux permanents tels que la perte de gains professionnels futurs (PGPF) ou les dépenses de santé futures.
La nomenclature Dintilhac ne possède pas de valeur réglementaire contraignante au sens du droit positif. Néanmoins, elle est adoptée de manière quasi unanime par les juridictions civiles, les compagnies d’assurance et les fonds d’indemnisation publics (ONIAM, FGAO, FGTI). La Cour de cassation valide régulièrement son usage sans en faire une obligation formelle.
Le taux de DFP est fixé par l’expert médical judiciaire ou amiable, exprimé en pourcentage de l’intégrité physique et psychique (AIPP). Ce taux est ensuite multiplié par une valeur du point — exprimée en euros — pour obtenir le montant de l’indemnisation. C’est cette valeur du point que le référentiel des cours d’appel tabule.
Mécanisme et application
Le rôle central de l’âge et du taux
La valeur du point DFP est modulée par deux paramètres fondamentaux :
- L’âge de la victime à la date de consolidation : plus la victime est jeune, plus la valeur du point est généralement élevée, car elle supporte l’atteinte sur une durée de vie résiduelle plus longue.
- Le taux de DFP : la valeur du point croît par paliers avec le taux retenu, le référentiel découpant l’échelle en vingt tranches de cinq points, de « 1 à 5 % » à « 96 % et plus ».
Ces deux variables se croisent dans une grille unique : à chaque couple tranche d’âge / tranche de taux correspond une valeur, et non une fourchette. Le document ne module pas cette grille par ressort.
L’absence de barème contraignant
Les juges du fond exercent un pouvoir souverain d’appréciation dans la fixation de l’indemnisation du DFP. Le référentiel indique sous sa grille que ses données relèvent d’un consensus jurisprudentiel et n’ont qu’une valeur strictement indicative. Ce qui expose une décision à la censure n’est donc pas l’écart au référentiel, mais l’atteinte au principe de réparation intégrale ou l’insuffisance des motifs — le référentiel rappelle ainsi qu’un arrêt a été cassé pour avoir arrondi l’indemnité réparant le déficit fonctionnel permanent.
Repères chiffrés
La grille nationale de la valeur du point
Les valeurs ci-dessous sont relevées page 70 du référentiel, dans les éditions de septembre 2024 et de septembre 2025, où elles sont identiques. Le tableau porte lui-même l’année 2020, année du consensus jurisprudentiel dont il est issu. Lecture : valeur du point en euros, à l’intersection d’une tranche de taux et d’une tranche d’âge à la consolidation.
| Taux de DFP | 0 à 10 ans | 11 à 20 ans | 21 à 30 ans | 31 à 40 ans | 41 à 50 ans | 51 à 60 ans | 61 à 70 ans | 71 à 80 ans | 81 ans et + |
|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|
| 1 à 5 % | 2 310 | 2 150 | 1 960 | 1 770 | 1 580 | 1 400 | 1 210 | 1 050 | 880 |
| 6 à 10 % | 2 670 | 2 475 | 2 255 | 2 035 | 1 800 | 1 560 | 1 320 | 1 130 | 935 |
| 11 à 15 % | 3 025 | 2 800 | 2 550 | 2 300 | 2 025 | 1 730 | 1 430 | 1 210 | 990 |
| 16 à 20 % | 3 380 | 3 135 | 2 850 | 2 560 | 2 245 | 1 890 | 1 540 | 1 290 | 1 045 |
| 21 à 25 % | 3 740 | 3 465 | 3 145 | 2 830 | 2 465 | 2 060 | 1 650 | 1 375 | 1 100 |
| 26 à 30 % | 4 100 | 3 795 | 3 445 | 3 090 | 2 685 | 2 220 | 1 760 | 1 455 | 1 155 |
| 31 à 35 % | 4 455 | 4 125 | 3 740 | 3 355 | 2 905 | 2 390 | 1 870 | 1 540 | 1 210 |
| 36 à 40 % | 4 810 | 4 455 | 4 035 | 3 620 | 3 125 | 2 550 | 1 980 | 1 620 | 1 265 |
| 41 à 45 % | 5 170 | 4 785 | 4 335 | 3 885 | 3 345 | 2 715 | 2 090 | 1 705 | 1 320 |
| 46 à 50 % | 5 530 | 5 115 | 4 630 | 4 150 | 3 565 | 2 880 | 2 200 | 1 790 | 1 375 |
| 51 à 55 % | 5 885 | 5 445 | 4 930 | 4 410 | 3 785 | 3 045 | 2 310 | 1 870 | 1 430 |
| 56 à 60 % | 6 240 | 5 775 | 5 225 | 4 675 | 4 005 | 3 210 | 2 420 | 1 950 | 1 485 |
| 61 à 65 % | 6 600 | 6 105 | 5 520 | 4 940 | 4 225 | 3 375 | 2 530 | 2 035 | 1 540 |
| 66 à 70 % | 6 955 | 6 435 | 5 820 | 5 205 | 4 445 | 3 540 | 2 640 | 2 115 | 1 595 |
| 71 à 75 % | 7 315 | 6 765 | 6 115 | 5 470 | 4 665 | 3 705 | 2 750 | 2 200 | 1 650 |
| 76 à 80 % | 7 670 | 7 095 | 6 415 | 5 730 | 4 885 | 3 870 | 2 860 | 2 280 | 1 705 |
| 81 à 85 % | 8 030 | 7 425 | 6 710 | 5 995 | 5 105 | 4 035 | 2 970 | 2 365 | 1 760 |
| 86 à 90 % | 8 385 | 7 755 | 7 005 | 6 260 | 5 325 | 4 200 | 3 080 | 2 445 | 1 815 |
| 91 à 95 % | 8 745 | 8 085 | 7 305 | 6 525 | 5 545 | 4 365 | 3 190 | 2 530 | 1 870 |
| 96 % et plus | 9 020 | 8 415 | 7 600 | 6 785 | 5 765 | 4 530 | 3 300 | 2 610 | 1 925 |
Source : Benoît Mornet, « L’indemnisation des préjudices en cas de blessures ou de décès », éditions de septembre 2024 et de septembre 2025, page 70. Le document précise que ces données « relèvent d’un consensus jurisprudentiel élaboré en 2020, ce qui peut justifier une actualisation, et n’ont qu’une valeur strictement indicative ».
L’exemple donné par le référentiel
Le document illustre lui-même la lecture de sa grille : un homme de 25 ans atteint d’un déficit fonctionnel de 32 % relève de 3 740 EUR le point, soit 3 740 × 32 = 119 680 EUR. Le taux de 32 % se lit sur la ligne « 31 à 35 % », l’âge de 25 ans sur la colonne « 21 à 30 ans ».
Le mécanisme est donc double : la valeur du point augmente avec la gravité de l’atteinte et diminue avec l’âge à la consolidation. Un même taux de 20 % vaut 3 380 EUR le point avant 10 ans et 1 045 EUR à 81 ans et plus, soit un rapport de plus de trois.
Ce que la grille ne dit pas
Elle ne donne aucune valeur par cour d’appel : le document ne comporte pas de tableau par ressort, et aucune source publique ne permet de chiffrer l’écart entre deux cours pour un profil comparable. Les différences de traitement se lisent dans les motifs de chaque décision, pas dans une grille.
Elle ne dit pas davantage quel taux doit être retenu. Ce taux résulte de l’expertise médicale, où il se discute barème médical en main. Elle ne dit rien enfin des majorations que le document prévoit par ailleurs : lorsque l’expert n’a pas pris en compte les douleurs permanentes, ou lorsque les troubles dans les conditions d’existence, qui ne relèvent pas nécessairement d’un pourcentage, sont établis par la victime.
Situer une offre par rapport à cette grille suppose donc de tenir ensemble le taux, l’âge, ces majorations et la portée des autres postes. C’est le travail d’un avocat spécialisé en réparation du dommage corporel, assisté d’un médecin de recours qui discute les conclusions de l’expert.
Pour aller plus loin
- La nomenclature Dintilhac : origine et architecture des postes de préjudice — présentation des vingt-neuf postes et de leur logique d’ensemble.
- Déficit fonctionnel temporaire (DFT) : définition et calcul juridique — le poste miroir du DFP, applicable avant la consolidation.
- Le référentiel Mornet : nature juridique et portée en contentieux — analyse de la valeur probante de ce document dans les procédures judiciaires.
- Barèmes et statistiques d’indemnisation — les autres référentiels en présence : ONIAM, tables de capitalisation, grilles internes des assureurs.