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Accident de la route

Accident à l'étranger : quel droit s'applique en France ?

Accident corporel à l'étranger : convention de La Haye, 4e directive européenne, carte verte, représentant en France, FGAO. Ce que dit le droit français en 2024.

Par La Gazette des Victimes · Relu par Me Sharon Bensemhoun-Gonzalez, avocate au Barreau de Toulouse | | 7 min de lecture

En bref : Lorsqu’un accident corporel survient à l’étranger, la loi applicable à la responsabilité et à l’indemnisation n’est pas automatiquement la loi française. La Convention de La Haye de 1971 et, au sein de l’Union européenne, la 4e directive automobile organisent un cadre complexe qui distingue le lieu de l’accident, la nationalité des véhicules impliqués et la résidence des victimes.

Définition juridique

La lex loci delicti : le principe de la loi du lieu de l’accident

En droit international privé, la règle fondamentale en matière de responsabilité civile délictuelle est la lex loci delicti commissi — la loi du lieu où le fait dommageable s’est produit. Pour les accidents de la circulation routière, ce principe est formalisé par la Convention de La Haye du 4 mai 1971 sur la loi applicable en matière d’accidents de la circulation routière, entrée en vigueur en France le 3 juin 1975.

Cette convention, ratifiée par une vingtaine d’États dont la France, l’Allemagne, l’Espagne, la Belgique et les Pays-Bas, s’applique dès lors qu’un accident survient sur le territoire d’un État contractant et implique au moins un véhicule étranger ou une victime étrangère. Elle désigne la loi applicable à :

  • l’existence et l’étendue de la responsabilité civile ;
  • les causes d’exonération (faute de la victime, force majeure) ;
  • les plafonds légaux d’indemnisation ;
  • la prescription de l’action.

Exception notable : lorsque la victime — piétonne, cycliste ou passager — réside habituellement dans un État différent de celui de l’accident et que le véhicule responsable y est immatriculé, la loi de l’État de résidence de la victime peut s’appliquer à titre d’exception (article 4 de la Convention).

Le cadre européen : la 4e directive automobile

Au sein de l’Union européenne, la directive 2000/26/CE du 16 mai 2000 (dite 4e directive automobile), codifiée en droit français aux articles L. 424-1 à L. 424-9 du Code des assurances, superpose au droit commun un mécanisme procédural destiné à faciliter l’indemnisation des victimes transfrontalières.

Son apport essentiel : l’obligation pour tout assureur automobile opérant dans l’UE de désigner un représentant chargé du règlement des sinistres dans chaque autre État membre. Un conducteur français heurté en Italie peut ainsi s’adresser, en France et en français, au représentant italien désigné auprès de l’assureur du véhicule responsable.


Mécanisme et application

Accident en Union européenne : le rôle du représentant et de l’OIF

Lorsqu’un ressortissant français est victime d’un accident dans un État membre de l’UE, le mécanisme se déroule en plusieurs étapes.

Identification de l’assureur étranger : La carte verte (certificat international d’assurance automobile) constitue le document de référence. Délivrée par le Bureau central national de chaque pays membre du Conseil des bureaux, elle atteste de la couverture du véhicule. En France, le Bureau Central Français (BCF) tient un fichier permettant d’identifier l’assureur d’un véhicule étranger impliqué sur le territoire national.

Saisine du représentant en France : La victime peut saisir le représentant désigné par l’assureur étranger en France. Ce représentant dispose de trois mois à compter de la demande d’indemnisation pour formuler une offre motivée ou une réponse circonstanciée (article R. 424-4 du Code des assurances).

Intervention subsidiaire de l’OIF : Si l’assureur étranger n’a pas désigné de représentant en France, ou si ce représentant ne répond pas dans les délais, l’Organisme d’Indemnisation Français (OIF) — géré par le Fonds de Garantie des Assurances Obligatoires de dommages (FGAO) — prend le relais. L’OIF peut ensuite exercer un recours subrogatoire contre l’assureur défaillant ou contre le Bureau central national du pays d’immatriculation du véhicule responsable.

Accident hors Union européenne

Hors UE, le mécanisme de la 4e directive ne s’applique pas. La Convention de La Haye de 1971 peut rester applicable si le pays de l’accident en est signataire. Dans les autres cas, les règles de conflit de lois nationales s’appliquent — en France, le règlement Rome II (CE n° 864/2007) pour les obligations non contractuelles, qui renvoie lui aussi en principe à la loi du pays où le dommage survient.

En pratique, pour un accident survenu dans un pays non membre de l’UE et non signataire de la Convention de La Haye (certains pays d’Afrique, d’Asie ou d’Amérique latine), la victime française peut se trouver contrainte d’engager une procédure dans le pays de l’accident, selon les règles procédurales et les barèmes locaux d’indemnisation — souvent très inférieurs aux standards français.

Le FGAO face à un conducteur étranger non assuré en France

La situation inverse — un étranger non assuré qui blesse un ressortissant français sur le territoire national — est prise en charge par le FGAO en application des articles L. 421-1 et suivants du Code des assurances. Le FGAO garantit l’indemnisation des victimes de conducteurs non identifiés ou non assurés, quelle que soit la nationalité du responsable. Il exerce ensuite son recours contre le conducteur fautif ou, via les accords interbureaux de la carte verte, contre le bureau national de son pays d’origine.

L’étranger blessé en France

Un ressortissant étranger victime d’un accident de la circulation sur le sol français bénéficie en principe du droit français de l’indemnisation, notamment de la loi du 5 juillet 1985 dite loi Badinter, qui organise une indemnisation automatique des victimes non conductrices, indépendamment de toute faute. La loi du lieu de l’accident — ici la France — s’applique de plein droit en vertu de la Convention de La Haye, dès lors que le véhicule impliqué n’est pas immatriculé dans le pays de résidence de la victime.


Repères chiffrés

SituationMécanisme applicableDélai de réponse légal
Accident en UE — assureur identifiéReprésentant en France (art. L. 424-1 C. ass.)3 mois (art. R. 424-4)
Accident en UE — assureur sans représentantOIF / FGAO (art. L. 424-7 C. ass.)3 mois à compter de la saisine OIF
Conducteur étranger non assuré en FranceFGAO (art. L. 421-1 C. ass.)Délai droit commun
Accident hors UE, pays signataire Conv. La HayeLoi du lieu de l’accident + procédure localeVariable selon pays
Accident hors UE, pays non signataireRèglement Rome II ou droit nationalVariable selon pays

Source : FGAO, Rapport d’activité 2022 ; Code des assurances (articles L. 421-1, L. 424-1 à L. 424-9, R. 424-4) ; Convention de La Haye du 4 mai 1971.

Selon le rapport annuel 2022 du FGAO, l’organisme a traité plus de 22 000 dossiers au titre de la garantie accidents corporels, dont une part significative impliquait des véhicules étrangers circulant en France. Le délai moyen de règlement amiable s’établissait à 14,3 mois pour les dossiers corporels graves, un chiffre qui tend à s’allonger dans les situations transfrontalières en raison des difficultés d’expertise à distance.

Les difficultés pratiques spécifiques aux sinistres transfrontaliers

Trois facteurs aggravent structurellement le traitement des dossiers internationaux, documentés dans la littérature spécialisée (notamment les travaux du Centre européen des consommateurs) :

  1. La barrière linguistique : Les pièces médicales, rapports d’expertise et procès-verbaux de police sont rédigés dans la langue du pays de l’accident. Leur traduction certifiée constitue un préalable indispensable à toute procédure en France, générant des coûts et des délais supplémentaires.

  2. La divergence des barèmes d’indemnisation : Les méthodes d’évaluation du préjudice corporel varient considérablement d’un État à l’autre. Le barème Mornet, utilisé à titre indicatif en France pour la valorisation du déficit fonctionnel permanent, n’a aucune valeur dans un système juridique étranger. Une victime française indemnisée selon le droit espagnol ou polonais peut ainsi recevoir une réparation très sensiblement différente de celle qu’elle aurait obtenue en France.

  3. La conversion monétaire et l’évaluation temporelle : Pour les accidents survenus dans des pays hors zone euro, la conversion des montants d’indemnisation introduit une variable supplémentaire, notamment pour les préjudices à long terme (rente viagère, assistance par tierce personne future).


Pour aller plus loin

Questions fréquentes

Qu'est-ce que la convention de La Haye de 1971 en matière d'accidents de la route ?

La Convention de La Haye du 4 mai 1971 sur la loi applicable en matière d'accidents de la circulation routière est un traité multilatéral qui désigne, pour chaque situation transfrontalière, la loi nationale régissant les conditions de responsabilité et d'indemnisation. Le principe général est celui de la lex loci delicti commissi : la loi du pays où l'accident s'est produit s'applique. Des exceptions existent lorsque le véhicule impliqué est immatriculé dans un État différent de celui de l'accident, notamment pour déterminer la loi applicable à la victime piétonne ou cycliste.

Comment la 4e directive européenne sur l'assurance automobile organise-t-elle l'indemnisation transfrontalière ?

La directive 2000/26/CE du 16 mai 2000 (dite 4e directive automobile), transposée en droit français aux articles L. 424-1 et suivants du Code des assurances, impose à tout assureur automobile exerçant dans l'Union européenne de désigner un représentant en charge du règlement des sinistres dans chaque État membre autre que celui où il est établi. Un ressortissant français victime d'un accident dans un État membre de l'UE peut ainsi saisir directement ce représentant en France, dans sa langue, sans avoir à engager une procédure dans le pays de l'accident. L'Organisme d'Indemnisation Français (OIF), géré par le FGAO, intervient à titre subsidiaire lorsque l'assureur étranger n'a pas désigné de représentant ou ne répond pas dans les délais réglementaires.

Que dit la jurisprudence sur la loi applicable à un touriste français blessé à l'étranger ?

La Cour de cassation a régulièrement confirmé l'application de la Convention de La Haye de 1971 pour déterminer la loi régissant la responsabilité dans les accidents transfrontaliers (Civ. 1re, 19 octobre 2004, n° 02-15.316). La loi du lieu de l'accident gouverne ainsi l'existence et l'étendue de la responsabilité, les causes d'exonération, les limites de réparation et la prescription. La loi française peut néanmoins demeurer applicable à certains aspects procéduraux lorsque l'action est portée devant une juridiction française, notamment en cas de recours à l'OIF ou au FGAO.

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