Accident medical

ONIAM et CCI : procédure d'indemnisation médicale en 2026

Erreur médicale ou aléa thérapeutique : comment saisir la CCI et l'ONIAM, étape par étape. Procédure gratuite, délais, montants indicatifs et droits des victimes.

Par La Gazette des Victimes | | 9 min de lecture

Source : ONIAM / Code de la santé publique

En bref : Victime d’une erreur médicale ou d’un aléa thérapeutique grave, vous pouvez saisir gratuitement la CCI (Commission de Conciliation et d’Indemnisation). Si la faute est établie, c’est l’assureur du praticien qui indemnise. Si c’est un aléa grave sans faute, l’ONIAM prend en charge (solidarité nationale). La procédure dure environ 12 mois. Les montants ONIAM sont inférieurs de 20 à 40 % aux indemnisations judiciaires.

Deux ans après votre opération, vos séquelles persistent. Que faire ?

Vous avez subi une intervention chirurgicale qui a mal tourné. Ou un diagnostic posé trop tard qui a retardé votre traitement. Ou une infection contractée à l’hôpital. Aujourd’hui, vous portez des séquelles — et vous cherchez à comprendre par quelle voie obtenir réparation.

Le système français d’indemnisation des accidents médicaux est l’un des plus complets d’Europe. Mais il est aussi l’un des plus complexes. Ce guide vous explique la procédure CCI-ONIAM dans ses moindres détails, pour que vous sachiez exactement où en est votre dossier et ce que vous pouvez espérer.

La loi Kouchner du 4 mars 2002 : le fondement de vos droits

La loi n° 2002-303 du 4 mars 2002 relative aux droits des malades et à la qualité du système de santé a profondément réformé l’indemnisation des accidents médicaux en France. Elle a créé deux grands régimes :

Régime 1 : la faute médicale (art. L. 1142-1 I du Code de la santé publique)

Quand un professionnel de santé commet une faute, c’est lui (ou son assureur) qui indemnise la victime. La faute peut être :

  • Une erreur de diagnostic : diagnostic manqué, retardé ou erroné
  • Une faute technique : erreur chirurgicale, mauvais dosage, oubli d’un corps étranger
  • Un défaut d’information : le praticien n’a pas informé le patient des risques de l’acte
  • Un manquement aux données acquises de la science : technique dépassée ou contraire aux bonnes pratiques

Régime 2 : l’aléa thérapeutique (art. L. 1142-1 II)

Quand un accident médical grave survient sans aucune faute — risque inhérent à l’acte médical qui se réalise exceptionnellement — la victime peut être indemnisée par l’ONIAM (Office National d’Indemnisation des Accidents Médicaux) au titre de la solidarité nationale.

Condition : le dommage doit dépasser un seuil de gravité (voir ci-dessous).

Le cas de l’infection nosocomiale

Depuis la loi Kouchner, pour les infections contractées en milieu de soins, la charge de la preuve est inversée : c’est à l’établissement de santé de prouver que l’infection à une cause étrangère. Si l’établissement ne peut pas prouver cette cause extérieure, sa responsabilité est engagée — et c’est son assureur qui indemnise.

Les seuils de gravité pour accéder à l’ONIAM

Pour bénéficier de l’indemnisation de solidarité nationale (aléa thérapeutique), votre dommage doit atteindre l’un de ces seuils fixés par le décret du 4 avril 2003 :

CritèreSeuil
Déficit fonctionnel permanent (DFP)≥ 24 %
Arrêt temporaire d’activité professionnelle≥ 6 mois consécutifs ou 12 mois sur 24 mois
Gêne temporaire constitutive d’un DFT de classe IV ou VPendant 6 mois consécutifs
Troubles graves dans les conditions d’existenceAppréciés au cas par cas
Inaptitude définitive à l’exercice de la profession antérieureQuelle que soit la durée
Préjudice sexuel graveApprécié au cas par cas

Si votre dommage n’atteint pas ces seuils, vous ne pouvez pas accéder à la voie ONIAM — mais vous pouvez toujours agir en justice si une faute médicale est établie.

Les 5 étapes de la procédure CCI

Étape 1 : Réunir votre dossier médical complet

Avant de saisir la CCI, constituez votre dossier :

  • Votre dossier médical complet : vous avez le droit d’en obtenir une copie intégrale auprès de tout établissement de santé (art. L. 1111-7 du Code de la santé publique). La demande doit être adressée par écrit. Le délai de communication est de 8 jours (48h si le séjour remonte à moins de 5 ans).
  • Tous vos comptes rendus d’hospitalisation, opératoires, d’imagerie
  • Vos arrêts de travail et justificatifs de pertes de revenus
  • Vos justificatifs de frais : médicaments, rééducation, consultations spécialisées
  • Un compte-rendu chronologique de votre parcours de soins et de ses conséquences sur votre vie

Étape 2 : Saisir la CCI de votre région

Il existe 25 CCI en France, une par région (sauf Corse et DOM-TOM qui dépendent de la CCI de la région PACA et de Paris respectivement).

La saisine se fait par formulaire Cerfa n° 14.063 (téléchargeable sur oniam.fr ou service-public.fr). La demande doit être envoyée par lettre recommandée avec accusé de réception à la CCI de la région où l’acte médical a été pratiqué.

Pièces à joindre obligatoirement :

  1. Le formulaire Cerfa rempli et signé
  2. Une copie de votre pièce d’identité
  3. Votre dossier médical (ou les éléments disponibles)
  4. Tout justificatif de préjudice (arrêts de travail, factures, etc.)

La saisine de la CCI interrompt les délais de prescription : si vous craignez que le délai de 10 ans soit proche, saisissez la CCI immédiatement.

Étape 3 : L’examen de recevabilité

Dans un délai de 6 mois suivant la réception du dossier complet, la CCI examine la recevabilité de votre demande :

  • Votre dommage est-il grave au sens du décret de 2003 ?
  • Votre acte médical relève-t-il bien de la compétence de la CCI ?
  • Êtes-vous dans les délais de prescription ?

Si la demande est jugée irrecevable (dommage insuffisamment grave ou prescription acquise), la CCI vous en informe. Vous pouvez alors vous tourner vers la voie judiciaire si une faute est en cause.

Si la demande est recevable, la CCI désigne un ou plusieurs experts.

Étape 4 : L’expertise médicale devant la CCI

C’est l’étape la plus importante de la procédure. Un ou plusieurs experts médicaux désignés par la CCI vous examinent lors d’une réunion contradictoire.

Ce que vous devez faire :

  • Vous faire accompagner d’un médecin-conseil de partie (fortement recommandé, coût : 500 à 1 500 EUR). Ce médecin défend vos intérêts, vérifie que tous les postes de la nomenclature Dintilhac sont évalués et conteste les conclusions défavorables.
  • Préparer un historique chronologique précis : dates des actes, symptômes apparus, conséquences sur votre vie professionnelle, personnelle et familiale.
  • Ne pas minimiser vos douleurs : l’expert consigne tout, c’est la base du calcul de votre indemnisation.

L’expertise est organisée par la CCI, avec la présence du représentant de l’établissement ou du praticien mis en cause. Vous pouvez poser des questions à l’expert.

Étape 5 : L’avis de la CCI et les offres d’indemnisation

Dans les 6 mois suivant la désignation des experts, la CCI rend un avis motivé qui précise :

  • La nature du dommage (faute ou aléa)
  • Le ou les responsables éventuels
  • Les postes de préjudice retenus et leur évaluation

Si la CCI retient une faute : L’assureur du praticien ou de l’établissement doit faire une offre d’indemnisation dans les 4 mois suivant l’avis. Si l’assureur refuse ou si l’offre est insuffisante, l’ONIAM peut se substituer et indemniser lui-même la victime, puis se retourner contre l’assureur.

Si la CCI retient un aléa grave sans faute : L’ONIAM fait une offre d’indemnisation dans les 4 mois suivant l’avis.

Si vous refusez l’offre : Vous pouvez saisir la justice pour obtenir une indemnisation plus élevée. L’avis de la CCI reste opposable en justice.

Procédure CCI vs procédure judiciaire : comparaison

CritèreCCI (amiable)Tribunal administratif/judiciaire
Coût pour la victimeGratuitHonoraires avocat (+ frais expertise)
Durée12 à 18 mois2 à 5 ans
AvocatRecommandé, non obligatoireNécessaire
Montants20 à 40 % inférieurs aux tribunauxPlus élevés (référentiel Mornet)
Risque de rejetPossible si seuils non atteintsPossible si faute non prouvée
Appel possibleNon (avis)Oui (cour d’appel)

Montants indicatifs d’indemnisation

Vià l’ONIAM (aléa thérapeutique)

L’ONIAM utilise son propre référentiel d’indemnisation, généralement moins favorable que le référentiel Mornet. À titre indicatif :

Type de dommageDFPIndemnisation ONIAM (indicatif)Indemnisation judiciaire (indicatif)
Séquelles modérées25 %40 000 - 80 000 EUR60 000 - 120 000 EUR
Séquelles importantes40 %80 000 - 150 000 EUR120 000 - 250 000 EUR
Séquelles graves60 %150 000 - 350 000 EUR250 000 - 600 000 EUR
Séquelles très graves80 %300 000 - 700 000 EUR500 000 - 1 500 000 EUR

Ces montants n’incluent pas les pertes de revenus, la tierce personne et les frais futurs.

Les postes souvent sous-évalués par l’ONIAM

Soyez particulièrement vigilant sur :

  • La tierce personne : l’ONIAM tend à proposer un nombre d’heures d’aide quotidienne inférieur à ce qu’accordent les tribunaux
  • Les pertes de revenus futures : la capitalisation proposée peut être basée sur des tables moins favorables
  • Le préjudice d’agrément : souvent minimisé ou absent des offres amiables
  • Le préjudice d’établissement : perte de chance de fonder une famille, rarement spontanément proposé

Les délais de prescription à respecter

Type d’actionDélaiPoint de départ
Faute d’un praticien libéral ou d’une clinique10 ansConsolidation du dommage
Faute d’un hôpital public4 ansConsolidation du dommage
Saisine de la CCIInterrompt les délais
Action contre l’ONIAM10 ansConnaissance du dommage
Produit de santé défectueux (ex: prothèse)3 ansConnaissance du dommage

Attention : la consolidation désigne le moment où l’état de santé est stabilisé, pas nécessairement la guérison. Si votre état s’aggrave après une première consolidation, un nouveau délai court à compter de l’aggravation.

Pour une analyse complète des délais applicables à votre situation, consultez notre guide des délais de prescription en préjudice corporel.

Les erreurs à ne pas commettre

  1. Attendre avant de demander votre dossier médical : les établissements peuvent légalement détruire certains documents après un délai. Demandez le dossier dès que possible.

  2. Aller seul à l’expertise : sans médecin-conseil de partie, vous n’avez pas les outils pour contester une évaluation sous-estimée de vos séquelles. C’est le meilleur investissement du dossier.

  3. Accepter l’offre ONIAM sans analyse : si votre dossier est grave (DFP élevé, pertes de revenus importantes), l’écart entre l’offre ONIAM et ce qu’un tribunal accorderait peut représenter des centaines de milliers d’euros.

  4. Confondre la CCI et l’ONIAM : la CCI est la commission qui instruite votre dossier et rend un avis. L’ONIAM est l’organisme qui indemnise en cas d’aléa thérapeutique. Ce sont deux entités distinctes, même si l’ONIAM assure le secrétariat des CCI.

  5. Oublier de réserver l’aggravation : si vous acceptez une offre, vérifiez qu’elle inclut une clause de réserve pour aggravation. En cas d’aggravation imprévisible ultérieure, cette clause vous permet de rouvrir votre dossier.

Ressources officielles

  • ONIAM — formulaires de saisine, liste des CCI, référentiel d’indemnisation : oniam.fr
  • Service-public.fr — fiche procédure CCI : service-public.fr
  • 116 006 — numéro national d’aide aux victimes (gratuit, 7j/7, confidentiel)
  • Estimez votre préjudice : calculer-mon-préjudice.fr

Pour les cas complexes, consultez notre guide complet de l’indemnisation en cas d’erreur médicale et notre guide de l’expertise médicale pour les victimes.

Avertissement : Cet article est un guide informatif à caractère général. Les délais et procédures peuvent évoluer. Chaque situation étant unique, consultez un avocat spécialisé en responsabilité médicale pour une analyse personnalisée de votre dossier.

Questions fréquentes

La procédure devant la CCI est-elle vraiment gratuite ?

Oui, la procédure devant la Commission de Conciliation et d'Indemnisation des accidents médicaux (CCI) est entièrement gratuite pour la victime. La demande se fait par formulaire Cerfa, l'expertise médicale est prise en charge par la CCI, et aucun avocat n'est obligatoire. Toutefois, il est fortement recommandé de se faire accompagner d'un médecin-conseil de partie (500 à 1 500 EUR) lors de l'expertise, car c'est l'étape qui détermine votre indemnisation. L'assistance juridique est également utile pour analyser l'avis de la CCI et négocier l'offre.

Quelle est la différence entre faute médicale et aléa thérapeutique ?

La faute médicale est un manquement du professionnel de santé aux règles de l'art (erreur de diagnostic, mauvaise technique chirurgicale, oubli de compresse). Elle engage la responsabilité du praticien ou de l'établissement, qui indemnise vià son assureur. L'aléa thérapeutique est un accident grave survenu sans aucune faute, lié au risque inhérent à l'acte médical. Depuis la loi Kouchner du 4 mars 2002 (art. L. 1142-1 II du Code de la santé publique), les victimes d'aléas graves peuvent être indemnisées par l'ONIAM au titre de la solidarité nationale.

Quel est le seuil de gravité pour saisir l'ONIAM ?

Pour bénéficier de l'indemnisation par l'ONIAM au titre de l'aléa thérapeutique ou de la solidarité nationale, le dommage doit dépasser l'un des seuils suivants : un taux de déficit fonctionnel permanent (DFP) supérieur ou égal à 24 %, ou un arrêt temporaire des activités professionnelles pendant 6 mois consécutifs ou 12 mois non consécutifs sur 24 mois, ou des troubles particulièrement graves dans les conditions d'existence. Si vous ne dépassez pas ces seuils, vous ne pouvez pas accéder à la voie ONIAM — mais vous pouvez toujours agir en justice si une faute est établie.

L'ONIAM indemnise-t-il autant que les tribunaux ?

Non. Les offres de l'ONIAM sont généralement inférieures de 20 à 40 % aux indemnisations accordées par les tribunaux. L'ONIAM utilise son propre référentiel d'indemnisation, structurellement moins favorable que le référentiel Mornet utilisé par les magistrats. Si l'offre de l'ONIAM vous semble insuffisante, vous pouvez la refuser et engager une procédure judiciaire : tribunal administratif pour les hôpitaux publics (délai de 4 ans), tribunal judiciaire pour les cliniques privées et praticiens libéraux (délai de 10 ans).

Peut-on saisir directement le tribunal sans passer par la CCI ?

Oui, la procédure CCI est facultative. Vous pouvez choisir d'engager directement une action judiciaire sans passer par la CCI. Toutefois, la CCI présente plusieurs avantages : la procédure est gratuite, elle permet d'obtenir un avis d'expert neutre sur la responsabilité médicale, et elle peut aboutir à une indemnisation en 12 à 18 mois, plus rapidement qu'un procès. En pratique, de nombreuses victimes saisissent d'abord la CCI, et n'engagent un recours judiciaire que si l'offre est insuffisante ou si la CCI rejette la demande.

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