En bref : le référentiel indicatif des cours d’appel, dit référentiel Mornet, a été mis à jour en septembre 2024. Il fixe la valeur du point de déficit fonctionnel permanent selon l’âge et le taux — 2 245 EUR le point pour une victime de 41 à 50 ans présentant un DFP de 16 à 20 %, soit 44 900 EUR pour un taux de 20 %. Il retient une échelle unique de 1/7 à 7/7 pour les souffrances endurées et le préjudice esthétique permanent, et un taux journalier de 25 à 33 EUR pour le déficit fonctionnel temporaire. Ces fourchettes n’ont aucune valeur contraignante.
[Correction du 8 septembre 2026 : la version antérieure de cet article publiait des tableaux présentés comme issus du référentiel Mornet de septembre 2024 alors que leurs valeurs ne figurent pas dans ce document — la case « 45 ans, DFP 20 % » y était portée à 3 570 EUR le point, soit 71 400 EUR, contre 2 245 EUR et 44 900 EUR dans le référentiel réel. Le lien de source renvoyait par ailleurs à l’édition de septembre 2020. Les tableaux ont été refaits à partir du document de septembre 2024, et les séries « moyennes observées », « évolution 2024-2025 » et « écart assureur / tribunal », qui ne reposaient sur aucun corpus identifiable, ont été retirées.]
Le référentiel indicatif de l’indemnisation du préjudice corporel des cours d’appel est le document de travail le plus utilisé par les magistrats français en matière de dommage corporel. Publié sous l’égide de l’École nationale de la magistrature et communément appelé « référentiel Mornet », du nom du conseiller à la Cour de cassation qui en assure la rédaction, il a fait l’objet d’une mise à jour en septembre 2024. Pour situer ce document parmi les autres outils chiffrés, consultez notre guide des baremes et statistiques d’indemnisation.
Cet article reproduit les fourchettes effectivement publiées dans cette édition. Il ne propose ni moyenne observée, ni projection, ni comparaison d’une année sur l’autre : ces exercices supposent un corpus de décisions dont la composition, les effectifs et la méthode devraient être publiés pour être vérifiables.
Ce qu’est — et ce que n’est pas — le référentiel
Le référentiel n’a aucune valeur contraignante. Le document le rappelle lui-même à la suite de son tableau principal : ses données « relèvent d’un consensus jurisprudentiel et n’ont qu’une valeur strictement indicative ». Il ne s’agit ni d’un barème légal, ni d’un plafond, ni d’une prévision individualisée.
Le juge du fond conserve un pouvoir souverain d’appréciation. La Cour de cassation juge d’ailleurs que « c’est dans l’exercice de son pouvoir souverain qu’une cour d’appel, tenue d’assurer la réparation intégrale du dommage actuel et certain de la victime sans perte ni profit, fait application du barème de capitalisation qui lui paraît le plus adapté à assurer les modalités de cette réparation pour le futur ». La même logique gouverne l’évaluation poste par poste : un magistrat peut allouer un montant supérieur ou inférieur aux fourchettes ci-dessous, dès lors qu’il motive sa décision.
Les fourchettes s’appliquent poste par poste, selon la nomenclature Dintilhac. Elles ne se cumulent pas mécaniquement : chaque poste répare un chef de préjudice distinct, et un même dommage ne peut être indemnisé deux fois.
Déficit fonctionnel permanent : la valeur du point
Le DFP indemnise l’atteinte définitive aux fonctions physiologiques, les douleurs permanentes et les troubles dans les conditions d’existence après consolidation. Le référentiel rappelle le principe de son évaluation : « le prix du point d’incapacité permanente partielle est fixé selon les séquelles conservées, le taux d’incapacité et l’âge de la victime. Plus le taux d’incapacité est élevé, plus le prix du point augmente ; le prix du point d’incapacité diminue avec l’âge. »
Le tableau ci-dessous est celui du référentiel de septembre 2024. Il porte dans le document lui-même une étiquette « 2020 », conservée d’une édition à l’autre : ces valeurs n’ont pas été revalorisées entre les deux éditions.
Valeur du point de DFP en euros — référentiel indicatif des cours d’appel, septembre 2024
| Taux de DFP | 0-10 ans | 11-20 ans | 21-30 ans | 31-40 ans | 41-50 ans | 51-60 ans | 61-70 ans | 71-80 ans | 81 ans et + |
|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|
| 1 à 5 % | 2 310 | 2 150 | 1 960 | 1 770 | 1 580 | 1 400 | 1 210 | 1 050 | 880 |
| 6 à 10 % | 2 670 | 2 475 | 2 255 | 2 035 | 1 800 | 1 560 | 1 320 | 1 130 | 935 |
| 11 à 15 % | 3 025 | 2 800 | 2 550 | 2 300 | 2 025 | 1 730 | 1 430 | 1 210 | 990 |
| 16 à 20 % | 3 380 | 3 135 | 2 850 | 2 560 | 2 245 | 1 890 | 1 540 | 1 290 | 1 045 |
| 21 à 25 % | 3 740 | 3 465 | 3 145 | 2 830 | 2 465 | 2 060 | 1 650 | 1 375 | 1 100 |
| 26 à 30 % | 4 100 | 3 795 | 3 445 | 3 090 | 2 685 | 2 220 | 1 760 | 1 455 | 1 155 |
| 31 à 35 % | 4 455 | 4 125 | 3 740 | 3 355 | 2 905 | 2 390 | 1 870 | 1 540 | 1 210 |
| 36 à 40 % | 4 810 | 4 455 | 4 035 | 3 620 | 3 125 | 2 550 | 1 980 | 1 620 | 1 265 |
| 41 à 45 % | 5 170 | 4 785 | 4 335 | 3 885 | 3 345 | 2 715 | 2 090 | 1 705 | 1 320 |
| 46 à 50 % | 5 530 | 5 115 | 4 630 | 4 150 | 3 565 | 2 880 | 2 200 | 1 790 | 1 375 |
| 51 à 55 % | 5 885 | 5 445 | 4 930 | 4 410 | 3 785 | 3 045 | 2 310 | 1 870 | 1 430 |
| 56 à 60 % | 6 240 | 5 775 | 5 225 | 4 675 | 4 005 | 3 210 | 2 420 | 1 950 | 1 485 |
| 61 à 65 % | 6 600 | 6 105 | 5 520 | 4 940 | 4 225 | 3 375 | 2 530 | 2 035 | 1 540 |
| 66 à 70 % | 6 955 | 6 435 | 5 820 | 5 205 | 4 445 | 3 540 | 2 640 | 2 115 | 1 595 |
| 71 à 75 % | 7 315 | 6 765 | 6 115 | 5 470 | 4 665 | 3 705 | 2 750 | 2 200 | 1 650 |
| 76 à 80 % | 7 670 | 7 095 | 6 415 | 5 730 | 4 885 | 3 870 | 2 860 | 2 280 | 1 705 |
| 81 à 85 % | 8 030 | 7 425 | 6 710 | 5 995 | 5 105 | 4 035 | 2 970 | 2 365 | 1 760 |
| 86 à 90 % | 8 385 | 7 755 | 7 005 | 6 260 | 5 325 | 4 200 | 3 080 | 2 445 | 1 815 |
| 91 à 95 % | 8 745 | 8 085 | 7 305 | 6 525 | 5 545 | 4 365 | 3 190 | 2 530 | 1 870 |
| 96 % et plus | 9 020 | 8 415 | 7 600 | 6 785 | 5 765 | 4 530 | 3 300 | 2 610 | 1 925 |
L’exemple donné par le référentiel lui-même est le suivant : « un homme de 25 ans atteint d’un déficit fonctionnel de 32 % pourra être indemnisé à hauteur de 3 740 EUR le point, soit : 3 740 EUR X 32 = 119 680 EUR ». La lecture se fait donc en croisant la ligne du taux et la colonne de l’âge, puis en multipliant la valeur obtenue par le taux de DFP retenu par l’expert.
Deux précautions de lecture s’imposent. D’abord, une valeur de point n’est pas un montant dû : elle sert de repère à un juge qui statue au vu d’une expertise et de conclusions contradictoires. Ensuite, le référentiel rappelle que si le médecin expert s’est limité à une évaluation par référence au barème médical, « l’indemnisation du préjudice doit être majorée pour prendre en compte les douleurs associées à l’atteinte séquellaire et les troubles dans les conditions d’existence ».
Souffrances endurées et préjudice esthétique permanent
Le référentiel retient une seule et même échelle pour ces deux postes. Les souffrances endurées couvrent les douleurs physiques et morales subies entre le fait dommageable et la consolidation ; après consolidation, les souffrances chroniques relèvent du DFP et ne peuvent être indemnisées séparément. Le préjudice esthétique permanent répare l’atteinte à l’apparence physique subsistant après consolidation.
| Cotation | Qualification | Fourchette du référentiel (SE et PEP) |
|---|---|---|
| 1/7 | Très léger | Jusqu’à 2 000 EUR |
| 2/7 | Léger | 2 000 à 4 000 EUR |
| 3/7 | Modéré | 4 000 à 8 000 EUR |
| 4/7 | Moyen | 8 000 à 20 000 EUR |
| 5/7 | Assez important | 20 000 à 35 000 EUR |
| 6/7 | Important | 35 000 à 50 000 EUR |
| 7/7 | Très important | 50 000 à 80 000 EUR |
| Tout à fait exceptionnel | — | 80 000 EUR et plus |
Le document précise la logique de cette échelle : « chaque degré de l’échelle correspond au double du degré précédent. Ainsi des souffrances quantifiées 5 représentent une douleur deux fois plus importante que des souffrances de 4. » Il ajoute que les indemnités doivent être modulées à cotation égale, « en tenant compte des spécificités de chaque victime : circonstances de l’accident, multiplicité et gravité des blessures, nombre d’interventions chirurgicales, âge de la victime ».
Le référentiel indique enfin que le préjudice esthétique permanent est modulé « en fonction notamment de l’âge, du sexe et de la situation personnelle et de famille de la victime », et que son éventuelle incidence économique professionnelle — un mannequin, une hôtesse de l’air — relève des pertes de gains professionnels futurs ou de l’incidence professionnelle, et non de ce poste.
Déficit fonctionnel temporaire
Le DFT répare la perte de qualité de vie et des joies usuelles de la vie courante pendant la maladie traumatique, avant consolidation. Il inclut le préjudice temporaire d’agrément et, le cas échéant, le préjudice sexuel temporaire ; le préjudice esthétique temporaire demeure en revanche un poste autonome.
Le référentiel retient, « selon que la victime est plus ou moins handicapée », une base de 750 à 1 000 EUR par mois, soit entre 25 et 33 EUR par jour. Cette base est multipliée par la durée de l’incapacité, avec un abattement proportionnel lorsque le déficit est partiel. Les experts distinguent quatre niveaux de déficit partiel : 10 %, 25 %, 50 % et 75 %.
L’exemple du document : deux mois de déficit total et trois mois de déficit partiel à 50 %, sur une base de 800 EUR par mois, donnent (800 EUR x 2) + (800 EUR / 2 x 3) = 2 800 EUR.
Le référentiel ajoute une règle utile : lorsque la victime conserve un déficit fonctionnel permanent, le taux de déficit temporaire partiel retenu jusqu’à la consolidation ne peut être inférieur à celui du DFP.
Assistance par tierce personne
Le référentiel constate que « même en l’absence de justificatifs, les cours d’appel retiennent depuis plusieurs années pour la tierce personne active un taux horaire moyen de 16 à 25 EUR », charges comprises, en fonction du besoin, de la gravité du handicap et de la spécialisation requise. Pour la surveillance nocturne, il note que la rémunération se fait en pratique au forfait plutôt qu’à l’heure.
Le nombre de jours retenu pour l’annualisation dépend du mode d’organisation :
| Mode | Base annuelle | Justification retenue par le référentiel |
|---|---|---|
| Prestataire (la victime n’est pas employeur) | 365 jours | Facturation par un organisme d’aide à la personne |
| Mandataire (la victime est employeur) | 412 jours | Congés payés (5 semaines) et jours fériés (une dizaine) |
Le choix entre mode mandataire et mode prestataire relève du pouvoir souverain des juges du fond, qui recourent en général au mode prestataire lorsque le préjudice est important. Le référentiel signale que retenir le tarif mandataire fait peser sur la victime « une responsabilité nouvelle, celle d’employeur », et qu’il est possible d’allouer quelques heures de tierce personne au titre de la gestion du personnel.
Préjudice scolaire, universitaire ou de formation
Ce poste couvre la perte d’années d’études, le retard scolaire, la modification de l’orientation ou la renonciation à une formation. Le référentiel propose, à titre indicatif :
| Situation | Indemnité indicative |
|---|---|
| Incapacité temporaire courte, sans perte d’année scolaire | Moitié du SMIC |
| Perte d’une année — écolier | 5 000 EUR |
| Perte d’une année — collégien | 8 000 EUR |
| Perte d’une année — lycéen | 10 000 EUR |
| Perte d’une année — étudiant | 12 000 EUR |
Le document insiste sur l’appréciation in concreto : durée et positionnement de l’incapacité dans l’année, résultats scolaires antérieurs — « tout redoublement n’est pas imputable à un accident » —, niveau des études poursuivies et chance de terminer la formation entreprise.
Préjudice d’affection des proches
En cas de décès de la victime directe, le référentiel propose les fourchettes suivantes pour le préjudice d’affection des ayants droit :
| Ayant droit | Victime décédée | Fourchette indicative |
|---|---|---|
| Père ou mère | Enfant | 20 000 à 30 000 EUR |
| Enfant vivant au foyer | Père ou mère | 25 000 à 30 000 EUR (majoration de 40 à 60 % si orphelin mineur) |
| Enfant majeur vivant au foyer | Père ou mère | 15 000 à 25 000 EUR |
| Enfant majeur vivant hors foyer | Père ou mère | 11 000 à 15 000 EUR |
| Conjoint ou concubin | Conjoint ou concubin | 20 000 à 30 000 EUR |
| Frère ou sœur vivant au foyer | Frère ou sœur | 9 000 à 14 000 EUR |
Les barèmes de capitalisation
Pour les postes futurs — pertes de gains professionnels futurs, tierce personne permanente, frais de santé futurs —, l’évaluation passe par un barème de capitalisation, qui donne le prix de l’euro de rente à un âge déterminé. Deux variables le commandent : le taux d’intérêt et l’espérance de vie issue des tables de mortalité de l’INSEE.
Le référentiel de septembre 2024 ne publie pas de table qui lui soit propre. Il renvoie aux barèmes publiés par la Gazette du Palais :
| Barème | Table de mortalité | Taux d’intérêt proposés |
|---|---|---|
| Gazette du Palais, 15 septembre 2020 | INSEE 2014-2016 | 0,30 % et 0 % |
| Gazette du Palais, 31 octobre 2022 | INSEE 2017-2019 | 0 % et -1 % |
Le choix du barème relève du pouvoir souverain du juge du fond, qui n’a pas à recueillir préalablement les observations des parties sur cette méthode de calcul. Le référentiel note enfin, pour situer le débat sur le taux, que les données d’avril 2024 étaient une inflation annuelle de 2,3 % et un livret A à 3 %.
Ce que cet article ne contient pas, et pourquoi
Trois séries de chiffres figuraient dans la version antérieure et ont été retirées, faute de source reproductible :
- les moyennes observées par poste et par année, qui supposent un corpus de décisions dont ni la composition ni les effectifs n’étaient publiés ;
- les évolutions d’une année sur l’autre exprimées en pourcentage, qui reposaient sur ces mêmes moyennes ;
- les écarts moyens entre offre d’assureur et montant judiciaire, qui exigent un échantillon apparié offre / décision dont la Gazette ne dispose pas.
La comparaison entre le référentiel des cours d’appel et le référentiel de l’ONIAM a également été retirée : les valeurs ONIAM publiées n’avaient pas été rapportées à un document daté et paginable.
Méthodologie
Toutes les valeurs de cet article proviennent d’une source unique et citée : le Référentiel indicatif de l’indemnisation du préjudice corporel des cours d’appel, École nationale de la magistrature, édition de septembre 2024. Le document a été ouvert et lu pour chacun des tableaux reproduits ici. Aucune valeur n’est extrapolée, actualisée ni moyennée par la rédaction.
Ces fourchettes sont indicatives. Elles ne constituent ni un plafond, ni une garantie, ni une estimation de ce qu’un dossier particulier peut donner. L’évaluation d’un préjudice corporel suppose une expertise médicale, la qualification juridique de chaque poste et une discussion contradictoire devant le juge ou l’assureur : un avocat spécialisé en dommage corporel et un médecin de recours sont les seuls à pouvoir rapporter ces repères à une situation réelle.
Pour aller plus loin
- La nomenclature Dintilhac : guide complet des postes de préjudice — la grille de lecture de chaque poste
- Guide des baremes et statistiques d’indemnisation — notre pilier de référence sur les outils chiffrés
- L’expertise medicale en dommage corporel — l’étape qui détermine les taux et cotations utilisés ci-dessus