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Accident de la route

Passager au volant : 270 751 EUR pour la conductrice blessée

CA Caen, 10 septembre 2024 : 270 750,63 EUR pour une conductrice blessée par son passager ivre, sur un dommage total de 307 752,12 EUR créance CPAM incluse.

Indemnisation accordée

270 750,63 EUR

Somme mise à la charge de la MAAF au profit de la conductrice, provisions non déduites — le dommage total évalué, 307 752,12 EUR, inclut 37 001,49 EUR de créance CPAM

CA Caen, 1re ch. civ., 10 septembre 2024, n° 21/02231

Par La Gazette des Victimes | | 7 min de lecture

Source : Cour d'appel de Caen, 1re chambre civile

En bref : La cour d’appel de Caen (10 septembre 2024) a évalué à 307 752,12 EUR le dommage d’une conductrice victime d’un polytraumatisme après que son passager ivre a saisi le volant. Sur cette somme, 37 001,49 EUR reviennent à la CPAM du Calvados : la part revenant à la victime est de 270 750,63 EUR, montant que l’assureur est condamné à lui payer, provisions non déduites, soit un solde de 266 750,63 EUR après imputation de la provision de 4 000 EUR. Les principaux postes sont 60 800 EUR de déficit fonctionnel permanent (19 %), 30 000 EUR de souffrances endurées (5/7) et 28 673,51 EUR d’incidence professionnelle permanente. Chaque parent obtient 13 000 EUR.

[Correction du 9 septembre 2026 : le résumé et le titre de cet article présentaient 307 752 EUR comme la somme accordée à la conductrice. Ce chiffre est le dommage total évalué par la cour, créance des tiers payeurs comprise : la part revenant à la victime est de 270 750,63 EUR, ramenée à 266 750,63 EUR après déduction de la provision de 4 000 EUR, les 37 001,49 EUR restants étant payés par priorité à la CPAM du Calvados. Le tableau des préjudices patrimoniaux omettait par ailleurs les 3 254,67 EUR d’incidence professionnelle temporaire, désormais rétablis. Source : CA Caen, 1re ch. civ., 10 septembre 2024, RG 21/02231, Judilibre.]

Le 18 février 2007, une jeune femme rentrait d’une soirée en discothèque au volant de son véhicule. Son passager, sous l’emprise de l’alcool, s’est brutalement emparé du volant. La conductrice a perdu le contrôle, le véhicule a fait un tonneau avant de percuter frontalement un poteau. Les conséquences ont été dramatiques : un polytraumatisme sévère ayant nécessité des années de soins. Dix-sept ans après les faits, la cour d’appel de Caen a évalué le dommage à 307 752,12 EUR, dont 270 750,63 EUR revenant à la victime et 37 001,49 EUR à la caisse primaire d’assurance maladie du Calvados.

Les faits et les lésions

Un accident d’une violence extrême

L’accident a causé un polytraumatisme comprenant :

  • Traumatisme cervical avec luxation C2-C3, ayant nécessité une ostéosynthèse
  • Traumatisme thoracique
  • Fracture du col de l’humérus gauche
  • Traumatisme facial : fracture mandibulaire parasymphysaire droite, luxation dentaire, plaie transfixiante de la lèvre supérieure, plaies endo-buccales
  • Multiples plaies cervicales par bris de verre

La consolidation n’a été acquise que le 6 novembre 2013, soit plus de six ans après l’accident. Cette durée exceptionnelle témoigne de la gravité des séquelles et de la lourdeur du parcours de soins.

L’indemnisation détaillée

La cour d’appel de Caen a évalué chaque poste de préjudice selon la nomenclature Dintilhac.

Les préjudices patrimoniaux

Poste de préjudiceMontant
Dépenses de santé actuelles (victime)12 698,11 EUR
Dépenses de santé actuelles (CPAM)29 073,09 EUR
Dépenses de santé futures (victime)34 734,49 EUR
Dépenses de santé futures (CPAM)7 928,40 EUR
Frais divers avant consolidation84,88 EUR
Frais divers après consolidation35 069,47 EUR
Assistance tierce personne temporaire9 648 EUR
Préjudice scolaire (universitaire)12 000 EUR
Incidence professionnelle temporaire3 254,67 EUR
Incidence professionnelle permanente28 673,51 EUR

Les frais divers après consolidation s’élèvent à plus de 35 000 EUR, un montant significatif qui reflète les dépenses de long terme liées aux séquelles permanentes. Le préjudice scolaire de 12 000 EUR traduit l’impact de l’accident sur le parcours universitaire de la victime, interrompu pendant sa longue période de soins.

Les préjudices extra-patrimoniaux

Poste de préjudiceÉvaluationMontant
Déficit fonctionnel temporaire6 ans et 9 mois18 787,50 EUR
Souffrances endurées5/730 000 EUR
Préjudice esthétique temporaire12 000 EUR
Déficit fonctionnel permanent19 %60 800 EUR
Préjudice esthétique permanent10 000 EUR
Préjudice sexuel3 000 EUR
Préjudice d’établissementRejeté

Les souffrances endurées cotées à 5/7 sont évaluées à 30 000 EUR, un montant cohérent avec la gravité du polytraumatisme et la durée du parcours de soins. Le préjudice esthétique temporaire de 12 000 EUR est notable : il est distinct du préjudice esthétique permanent et indemnise les altérations de l’apparence pendant la période de traitement, particulièrement importante ici au regard des cicatrices faciales et cervicales.

La synthèse de l’indemnisation

Montant
Dommage total évalué307 752,12 EUR
Part victime270 750,63 EUR
Part tiers payeurs (CPAM)37 001,49 EUR
Provision à déduire4 000 EUR
Solde dû à la victime266 750,63 EUR

L’indemnisation des proches (victimes par ricochet)

La cour d’appel a également statué sur les préjudices subis par les parents de la victime :

PosteMontant par parent
Préjudice d’affection10 000 EUR
Troubles dans les conditions d’existence3 000 EUR
Total par parent13 000 EUR

Le préjudice d’affection de 10 000 EUR par parent est conforme aux évaluations habituelles des juridictions. Les troubles dans les conditions d’existence de 3 000 EUR indemnisent les bouleversements concrets de la vie quotidienne des parents provoqués par l’accident de leur enfant : accompagnement aux soins, réorganisation familiale, impact psychologique durable.

Les enseignements de cette décision

1. La responsabilité du passager fautif

Lorsqu’un passager s’empare du volant et provoque un accident, il commet une faute qui engage sa responsabilité. La conductrice, victime de l’agissement de son propre passager, conserve l’intégralité de son droit à indemnisation. L’assureur du véhicule reste tenu de garantir l’indemnisation de la victime.

2. Le préjudice scolaire et universitaire

Ce poste de préjudice, souvent sous-estimé, indemnise la perte d’années d’études ou la perturbation du cursus scolaire ou universitaire. Pour une jeune victime dont les études ont été interrompues, les conséquences se mesurent en retard de diplôme, perte de chances professionnelles et nécessité de réorientation.

3. Le préjudice esthétique temporaire

Distincte du préjudice esthétique permanent, cette indemnisation couvre les altérations de l’apparence physique pendant la période de traitement. Elle est particulièrement justifiée lorsque la victime a subi un traumatisme facial avec des cicatrices visibles pendant plusieurs années avant la consolidation.

4. Les frais divers après consolidation

Le montant de 35 069 EUR en frais divers après consolidation illustre les dépenses pérennes que la victime doit supporter au-delà de la consolidation : aménagements, déplacements liés aux soins de suivi, appareillages non pris en charge intégralement par l’assurance maladie.

Les autres chefs du dispositif

Au-delà de la liquidation des postes, la cour condamne l’assureur à payer les intérêts au double du taux légal sur le total du préjudice de la victime, créance des tiers payeurs comprise et sans tenir compte des provisions versées, à compter du 18 octobre 2007 et jusqu’au jour où l’arrêt deviendra définitif, avec capitalisation dans les conditions de l’article 1343-2 du code civil. Pour les parents, cette sanction court à compter du 8 juillet 2019. S’y ajoutent 1 114 EUR d’indemnité forfaitaire due à la caisse au titre de l’article L. 376-1 du code de la sécurité sociale, et une indemnité de procédure de 4 000 EUR pour la victime, 2 000 EUR pour ses parents unis d’intérêts. La demande formée au titre du préjudice d’établissement a été rejetée, le jugement étant confirmé sur ce point.

Ce que la décision met en évidence

Le premier enseignement tient à la lecture des chiffres : le total évalué par une juridiction n’est pas la somme qui revient à la victime. Ici, 37 001,49 EUR sont payés par priorité à la caisse au titre de ses débours, et 4 000 EUR de provision viennent encore en déduction. Un résumé qui retiendrait le seul total donnerait au lecteur une image faussée de ce qu’une décision procure réellement.

Le deuxième tient aux postes que la liquidation détaillée fait apparaître : préjudice scolaire, préjudice esthétique temporaire, incidence professionnelle temporaire et permanente, frais divers après consolidation. Leur identification suppose une expertise médicale contradictoire précise et un chiffrage poste par poste selon les rubriques de la nomenclature Dintilhac — un travail que conduisent ensemble un avocat en dommage corporel et le médecin de recours qu’il mandate.

Le troisième tient à la durée : dix-sept ans séparent l’accident de l’arrêt, avec une expertise judiciaire déposée en 2014, un second avis médical en 2019, un jugement en 2021 et un appel jugé en 2024. La sanction du doublement des intérêts, courant depuis 2007, compense partiellement cet écoulement du temps.

Questions fréquentes

Qui est responsable lorsqu'un passager provoque un accident en saisissant le volant ?

Le passager qui s'empare du volant commet une faute engageant sa responsabilité. La conductrice victime conserve l'intégralité de son droit à indemnisation auprès de l'assureur du véhicule. Dans l'arrêt CA Caen du 10 septembre 2024, l'assureur du véhicule a été condamné à payer 270 750,63 EUR à la conductrice au titre de son préjudice personnel, provisions non déduites.

Quels postes de préjudice sont indemnisés après un polytraumatisme ?

Un polytraumatisme ouvre droit à l'indemnisation de nombreux postes Dintilhac : dépenses de santé actuelles et futures, assistance tierce personne, déficit fonctionnel temporaire et permanent, souffrances endurées, préjudice esthétique temporaire et permanent, préjudice scolaire ou universitaire, incidence professionnelle et préjudice sexuel.

Les proches de la victime peuvent-ils aussi être indemnisés ?

Oui. Les victimes par ricochet (parents, conjoint, enfants) peuvent obtenir réparation de leur préjudice d'affection et des troubles dans les conditions d'existence. Dans l'arrêt CA Caen du 10 septembre 2024, chaque parent a obtenu 10 000 EUR au titre du préjudice d'affection et 3 000 EUR pour les troubles dans les conditions d'existence.

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