Accident médical

ONIAM et CCI : acteurs de l'indemnisation des accidents médicaux

Cadre juridique de l'Office national d'indemnisation et des Commissions de conciliation : loi Kouchner 2002, articles L1142-1 et suivants Code santé publique.

Par La Gazette des Victimes · Vérifié par des avocats et spécialistes du droit | | Mis à jour le 8 mai 2026 | 6 min de lecture

En bref : L’ONIAM et les CCI sont les acteurs centraux de l’indemnisation amiable des accidents médicaux, créés par la loi Kouchner du 4 mars 2002. La CCI joue le rôle de filtre régional avec une procédure gratuite pour la victime, et ouvre la voie à une indemnisation soit par l’assureur du professionnel (en cas de faute), soit par l’ONIAM (en cas d’aléa thérapeutique grave). Les seuils de gravité (DFP supérieur à 24 % notamment) conditionnent l’accès à cette voie.

Définition : Dispositif amiable d’indemnisation des accidents médicaux organisé par les articles L1142-1 et suivants du Code de la santé publique, articulant les Commissions de conciliation et d’indemnisation (instances régionales) et l’Office national d’indemnisation (établissement public).

Cadre juridique

Loi Kouchner du 4 mars 2002

La loi n° 2002-303 du 4 mars 2002 relative aux droits des malades et à la qualité du système de santé a créé un dispositif spécifique d’indemnisation des accidents médicaux, codifié aux articles L1142-1 et suivants du Code de la santé publique. Trois principes structurent ce dispositif :

PrincipeArticle CSPContenu
Responsabilité pour fauteL1142-1 ILe professionnel ou l’établissement n’est responsable que des conséquences dommageables d’actes de prévention, de diagnostic ou de soins en cas de faute
Indemnisation au titre de la solidarité nationaleL1142-1 IIL’aléa thérapeutique grave (sans faute) ouvre droit à indemnisation par l’ONIAM
Présomption de responsabilité pour les infections nosocomialesL1142-1 I al. 2Les établissements sont responsables des infections nosocomiales sauf preuve d’une cause étrangère

Cette articulation a brisé le clivage antérieur où seule la faute prouvée ouvrait droit à indemnisation, laissant les victimes d’aléa sans recours.

Architecture institutionnelle

ActeurStatutMission principaleArticles CSP
ONIAMÉtablissement public administratifIndemnisation aléa thérapeutique grave + gestion fonds spéciauxL1142-22 à L1142-30
CCICommissions régionales (au nombre de 17)Conciliation et avis sur accidents médicauxL1142-5 à L1142-8
Tribunal judiciaireJuridiction de droit communVoie contentieuse parallèleCode de procédure civile

Les CCI sont composées de manière paritaire : représentants des usagers, des professionnels de santé, des établissements et des assureurs, présidées par un magistrat (article L1142-6 du Code de la santé publique).

Mécanisme de la procédure CCI

Conditions de saisine

L’article L1142-1 II du Code de la santé publique impose des seuils de gravité pour la saisine de la CCI :

  • Déficit fonctionnel permanent supérieur à 24 % ; ou
  • Arrêt temporaire d’activité professionnelle d’au moins six mois consécutifs ou non sur une période de douze mois ; ou
  • Troubles particulièrement graves dans les conditions d’existence, notamment économiques ; ou
  • Durée d’incapacité temporaire compatible avec la consolidation supérieure à six mois consécutifs.

Ces seuils sont écartés lorsque l’accident a entraîné le décès ou que la consolidation est impossible. Si les seuils ne sont pas atteints, seule la voie judiciaire est accessible.

La saisine est gratuite. La présence d’un avocat spécialisé en dommage corporel et d’un médecin-conseil de victime reste la voie habituelle pour la phase d’expertise et l’analyse des offres ultérieures.

Phases de la procédure

Quatre phases successives structurent la procédure :

PhaseActeurDélaiContenu
1. Dépôt du dossierVictime ou ayants droitFormulaire CCI + pièces médicales + certificats
2. ExpertiseCCI désigne expert ou collège4 à 8 moisExamen contradictoire en présence des médecins-conseils
3. Avis CCICommission régionale6 mois (art. L1142-8)Qualification des responsabilités (faute, aléa, infection) + évaluation préjudices
4. OffreAssureur ou ONIAM4 moisOffre d’indemnisation pour acceptation ou refus

L’avis de la CCI lie l’ONIAM lorsque la qualification retient l’aléa thérapeutique grave (article L1142-17 du Code de la santé publique). Il ne lie pas l’assureur du professionnel ou de l’établissement, qui peut contester en faisant valoir un désaccord motivé. La victime peut accepter ou refuser l’offre. Le refus ouvre la voie judiciaire pour fixation contentieuse de l’indemnisation.

Articulation avec la voie judiciaire

La saisine de la CCI n’est pas exclusive de la voie judiciaire. Plusieurs scénarios sont possibles :

  • Saisine CCI uniquement : si l’avis et l’offre sont satisfaisants, l’indemnisation est versée et la procédure s’arrête
  • Désaccord avec l’avis CCI : la victime peut saisir le juge pour contester la qualification ou l’évaluation des préjudices
  • Saisine judiciaire parallèle : la victime peut saisir simultanément la CCI et le juge, par précaution
  • Saisine judiciaire après échec CCI : voie classique en cas de refus d’offre ou d’offre insuffisante

L’avis de la CCI peut être produit devant le juge mais ne le lie pas. La jurisprudence reconnaît son caractère probatoire mais réserve le pouvoir souverain d’appréciation au juge du fond.

Compétences spécifiques de l’ONIAM

Indemnisation au titre de la solidarité nationale

L’ONIAM indemnise au titre de la solidarité nationale les accidents médicaux, affections iatrogènes et infections nosocomiales lorsque l’aléa thérapeutique est qualifié grave par la CCI ou le juge (article L1142-1 II du Code de la santé publique). Les conditions cumulatives sont :

  • l’absence de faute du professionnel ou de l’établissement ;
  • la gravité du dommage atteignant les seuils précités ;
  • l’imputabilité directe à un acte de prévention, de diagnostic ou de soins.

L’ONIAM peut par ailleurs indemniser les victimes lorsque l’assureur ne formule pas d’offre dans les délais ou refuse d’indemniser, à charge ensuite pour l’office d’exercer une action subrogatoire contre le tiers responsable.

Fonds spécifiques

L’ONIAM gère également plusieurs dispositifs spéciaux :

DispositifBénéficiairesArticles
Indemnisation transfusion sanguineContaminations VIH, VHC, VHBL3122-1 et s. CSP
Indemnisation MediatorVictimes benfluorexL1142-24-1 et s. CSP
Indemnisation valproate de sodiumVictimes DépakineL1142-24-9 et s. CSP
Indemnisation vaccinations obligatoiresEffets indésirablesL3111-9 CSP

Ces dispositifs ont leur procédure propre, généralement plus simple que la procédure CCI standard.

Voies de recours

Type de recoursDélaiContenu
Recours gracieux ONIAM2 moisDemande de réexamen de la position de l’office
Tribunal administratif2 moisContre les décisions de l’ONIAM (établissement public)
Tribunal judiciaire10 ans à compter de la consolidation (art. 2226 Code civil)Action contentieuse de droit commun, parallèle ou postérieure à la CCI

L’appel des décisions du tribunal administratif se fait devant la cour administrative d’appel ; le pourvoi devant le Conseil d’État. Pour les actions devant le tribunal judiciaire, l’appel est porté devant la cour d’appel et le pourvoi devant la Cour de cassation.

Pour aller plus loin


Cet article a une vocation purement informative. Il rend compte du cadre juridique de l’ONIAM et des CCI en accident médical. Il ne constitue ni un conseil juridique, ni une recommandation personnalisée.

Questions fréquentes

Qu'est-ce que l'ONIAM ?

L'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales (ONIAM) est un établissement public administratif créé par la loi n° 2002-303 du 4 mars 2002 dite loi Kouchner. Il est régi par les articles L1142-22 et suivants du Code de la santé publique. Sa mission est triple : indemniser les victimes d'accidents médicaux non fautifs (aléa thérapeutique), gérer les fonds spécifiques (FGTI partagé pour le terrorisme, fonds amiante FIVA, indemnisation des victimes du benfluorex Mediator) et exercer des actions subrogatoires contre les tiers responsables.

Qu'est-ce qu'une CCI et quel est son rôle ?

Les Commissions de conciliation et d'indemnisation des accidents médicaux (CCI) sont des instances régionales créées par la loi du 4 mars 2002, prévues aux articles L1142-5 et suivants du Code de la santé publique. Elles ont pour mission de faciliter le règlement amiable des litiges relatifs aux accidents médicaux, affections iatrogènes et infections nosocomiales. Leur saisine est gratuite pour la victime. Elles peuvent ordonner une expertise et émettre un avis sur les responsabilités, qui ouvre la voie soit à une indemnisation par l'assureur du professionnel ou de l'établissement (en cas de faute), soit par l'ONIAM (en cas d'aléa thérapeutique grave).

Quelle différence entre la voie CCI/ONIAM et la voie judiciaire ?

La voie CCI/ONIAM est une procédure administrative gratuite, sans frais d'avocat obligatoires, qui privilégie le règlement amiable. Elle est soumise à des seuils de gravité : déficit fonctionnel permanent supérieur à 24 %, arrêt de travail supérieur à 6 mois, ou troubles particulièrement graves dans les conditions d'existence (article L1142-1 II du Code de la santé publique). La voie judiciaire (tribunal judiciaire) reste accessible parallèlement et n'est pas soumise à ces seuils. Les deux voies ne sont pas exclusives : une victime peut, après échec ou désaccord avec l'avis de la CCI, saisir le juge.

Quels sont les seuils de gravité pour saisir la CCI ?

L'article L1142-1 II du Code de la santé publique pose des seuils alternatifs : un déficit fonctionnel permanent supérieur à 24 %, ou un arrêt temporaire d'activité professionnelle d'au moins six mois consécutifs ou non sur douze mois, ou des troubles particulièrement graves dans les conditions d'existence (notamment économiques), ou la durée de l'incapacité temporaire de travail compatible avec la consolidation de plus de six mois consécutifs. Ces seuils ne sont pas applicables si l'accident a entraîné le décès ou si la consolidation est impossible. Lorsque les seuils ne sont pas atteints, seule la voie judiciaire est ouverte.

Comment se déroule une procédure CCI ?

La procédure se décompose en quatre étapes. Premièrement, le dépôt du dossier auprès de la CCI compétente géographiquement, accompagné des pièces médicales. Deuxièmement, la désignation d'un expert (souvent un binôme médecin-juriste) qui réalise une expertise contradictoire en présence des parties et de leurs médecins-conseils. Troisièmement, l'émission d'un avis par la CCI dans un délai de six mois à compter du dépôt complet (article L1142-8 du Code de la santé publique) ; cet avis qualifie les responsabilités (faute, aléa, infection nosocomiale) et évalue les préjudices. Quatrièmement, l'offre d'indemnisation par l'assureur (en cas de faute) ou par l'ONIAM (en cas d'aléa) dans un délai de quatre mois à compter de la transmission de l'avis.

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