Accident de la route

Trottinette renversée par une voiture : l'assureur condamné pour refus de communiquer son rapport médical

La CA de Poitiers condamne la MAIF sous astreinte à communiquer le rapport de son propre expert et accorde 20 000 EUR de provision complémentaire à la victime d'un accident de trottinette.

Indemnisation accordée

20 000 EUR

CA Poitiers, 1re ch. civ., 31 mars 2026, RG 25/01094

Par La Gazette des Victimes · Vérifié par des avocats et spécialistes du droit | | 6 min de lecture

Source : Cour d'appel de Poitiers

En bref : La cour d’appel de Poitiers (31 mars 2026) condamne la MAIF à communiquer sous astreinte le rapport du médecin qu’elle avait elle-même missionné et à verser 20 000 EUR de provision complémentaire à un conducteur de trottinette électrique renversé par une voiture. La MAIF avait déjà versé 75 960 EUR de provisions mais refusait de partager le rapport médical sur lequel elle fondait son offre d’indemnisation. La cour a jugé cette attitude de « mauvaise volonté manifeste ».

Ce que cette décision vous apprend : l’assureur n’a pas le droit de jouer avec les cartes cachées. Si votre assureur refuse de communiquer un rapport médical dont il se sert pour chiffrer votre indemnisation, un avocat spécialisé en préjudice corporel peut obtenir sa communication forcée sous astreinte.

Les faits : un agent municipal renversé en trottinette électrique

Le 7 juillet 2020, un homme né en 1990, agent technique à la mairie de Clamart, est renversé en trottinette électrique par un véhicule automobile assuré auprès de la MAIF.

Les conséquences sont lourdes : les pièces médicales font état d’un important déficit fonctionnel permanent prévisible et d’une inaptitude avérée à reprendre son poste de travail antérieur. La victime tente brièvement de reprendre le travail en mai 2023, mais cette reprise tourne court au bout d’un mois. Les arrêts de travail de 2024 visent une rechute de l’accident de 2020.

La procédure : du référé à l’appel

En première instance

La victime assigne la MAIF en référé devant le tribunal judiciaire de Niort le 31 octobre 2024 pour obtenir :

  • une expertise médicale judiciaire
  • une provision de 80 000 EUR en complément des sommes déjà versées

Par ordonnance du 13 mars 2025, le juge des référés ordonne l’expertise mais rejette la demande de provision et condamne la victime aux dépens.

En appel

La victime relève appel le 30 avril 2025 sur trois points : la formulation de la mission d’expertise relative au préjudice d’agrément, le rejet de la provision, et l’article 700.

La question centrale : le rapport médical caché

Le point le plus remarquable de cette décision concerne le rapport du docteur [G], médecin missionné par la MAIF elle-même.

Ce que la MAIF a fait

La MAIF a fait réaliser une expertise à son initiative par le docteur [G]. Elle a ensuite utilisé les « conclusions médicales du docteur [G] réceptionnées le 23 août 2024 » pour chiffrer et formuler son offre d’indemnisation du 19 décembre 2024. Mais elle a refusé de communiquer ce rapport à la victime et à son avocat, qui l’ont pourtant réclamé « en vain ».

Ce que la cour a jugé

La cour relève que :

  • il s’agit d’une expertise unilatérale : le médecin conseil de la victime n’y a pas été associé (il n’est ni co-rédacteur ni signataire du rapport provisoire)
  • la MAIF se réfère à ce rapport dans son offre sans démontrer l’avoir communiqué à la victime
  • la MAIF « ne justifie pas de son affirmation » selon laquelle le rapport aurait été transmis directement à la victime
  • la MAIF « ne prétend pas que ce rapport […] ne devrait pas être communiqué »

Décision : la cour ordonne à la MAIF de communiquer le rapport dans les dix jours de la signification de l’arrêt, sous peine d’une astreinte de 30 EUR par jour de retard pendant trois mois, qualifiant son attitude de « mauvaise volonté manifeste à communiquer une pièce d’importance dont elle se prévaut sans la produire ».

La provision complémentaire : 20 000 EUR accordés

Provisions déjà versées

La MAIF avait versé au total 75 960 EUR de provisions à la victime. En première instance (décembre 2024), elle proposait encore 20 000 EUR de provision complémentaire dans ses écritures.

Le revirement de la MAIF en appel

En appel, la MAIF change de position : elle demande désormais le rejet de toute provision complémentaire, invoquant la reprise du travail par la victime en mai 2023 et une supposée amélioration de son état.

La réponse de la cour

La cour juge cette attitude « malvenue » et relève que :

  • la reprise du travail a tourné court au bout d’un mois
  • les arrêts de travail de 2024 visent une rechute de l’accident
  • le sapiteur du médecin expert conclut que la victime « n’a pas pu reprendre ses activités professionnelles »
  • la MAIF « considère toujours que toute consolidation est encore prématurée » — preuve que le préjudice reste important

Décision : la cour accorde 20 000 EUR de provision complémentaire (portant le total à 95 960 EUR), au vu de « la part non sérieusement contestable d’indemnisation à lui revenir ».

Les enseignements de cette décision

1. L’assureur ne peut pas utiliser un rapport sans le communiquer

C’est le principe fondamental de cette décision : si l’assureur fonde son offre sur un rapport médical, il doit le communiquer à la victime. Le refus de communiquer constitue une « mauvaise volonté manifeste » que le juge peut sanctionner par une astreinte.

2. L’assureur ne peut pas revenir sur ses propres offres

La cour critique vertement la MAIF qui, après avoir proposé 20 000 EUR de provision en première instance, tente de retirer cette offre en appel. Cette inconstance dessert l’assureur devant les juges.

3. L’indemnisation dépend de la responsabilité, comme pour tout accident

La loi Badinter s’applique pleinement aux conducteurs de trottinette électrique renversés par un véhicule à moteur. En l’espèce, la victime n’étant pas responsable de l’accident, elle a droit à une indemnisation intégrale de ses préjudices. La MAIF « ne conteste pas le principe de son obligation » — ce qui confirme que la responsabilité ne faisait pas débat dans cette affaire.

4. L’importance des provisions pendant la procédure

Avec des préjudices importants (DFP élevé + incidence professionnelle + inaptitude), la victime a besoin de provisions pour vivre pendant la durée de l’expertise. Le total atteint ici 95 960 EUR de provisions, avant même la liquidation définitive des préjudices.

Montants accordés par la cour

PosteMontant
Provisions déjà versées par la MAIF75 960 EUR
Provision complémentaire accordée20 000 EUR
Total provisions95 960 EUR
Article 700 (frais irrépétibles)4 000 EUR
Dépens de référé 1re instance et appelÀ la charge de la MAIF
Astreinte communication rapport30 EUR/jour pendant 3 mois

Pour aller plus loin


Décision source : CA Poitiers, 1re chambre civile, arrêt n°161 du 31 mars 2026, RG n° 25/01094, N° Portalis DBV5-V-B7J-HJKE. Texte intégral lu et vérifié depuis la copie de la décision.

Questions fréquentes

L'assureur peut-il refuser de communiquer le rapport de son propre médecin expert ?

Non. La cour d'appel de Poitiers a jugé que lorsqu'un assureur se réfère dans son offre d'indemnisation aux conclusions d'un médecin qu'il a lui-même missionné, il ne peut pas refuser d'en communiquer le rapport à la victime. En cas de refus, le juge peut ordonner cette communication sous astreinte (30 EUR par jour de retard dans cette affaire).

Qu'est-ce qu'une provision complémentaire en matière de préjudice corporel ?

C'est une avance sur l'indemnisation finale que le juge des référés peut accorder à la victime avant la fin de l'expertise médicale, lorsque l'obligation d'indemnisation n'est pas sérieusement contestable. Elle vient s'ajouter aux provisions déjà versées et permet à la victime de faire face à ses besoins immédiats.

Un conducteur de trottinette électrique renversé par une voiture est-il indemnisé ?

L'indemnisation dépend de la responsabilité dans l'accident. Si le conducteur de trottinette n'est pas responsable, il est indemnisé intégralement via la loi Badinter, comme dans l'affaire jugée par la CA de Poitiers. La trottinette électrique (EDPM) n'étant pas un véhicule terrestre à moteur, la loi Badinter s'applique en sa faveur lorsqu'un VTM est impliqué.

L'assureur peut-il retirer en appel une offre de provision faite en première instance ?

La cour d'appel de Poitiers a qualifié cette attitude de 'malvenue'. En l'espèce, la MAIF avait proposé 20 000 EUR de provision en première instance dans ses écritures de décembre 2024, puis tentait de revenir sur cette offre en appel en invoquant une prétendue amélioration de l'état de la victime. La cour n'a pas suivi et a accordé la provision.

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