Accident de la vie

Double accident de sport : 500 000 EUR d'indemnisation

TJ Rennes, 18 juin 2024 : un sportif victime de deux accidents (handball et plage) obtient une indemnisation majeure. Le tribunal adopte la méthode journalière du DFP.

Indemnisation accordée

552 734 EUR

TJ Rennes, 2e ch. civ., 18 juin 2024, n° 22/09204

Par La Gazette des Victimes | | 6 min de lecture

Source : Tribunal judiciaire de Rennes, 2e chambre civile

En bref : Le tribunal judiciaire de Rennes (18 juin 2024) a accorde 552 734 EUR à un sportif victime de deux accidents successifs (handball puis plage) ayant cause une paralysie du nerf fibulaire aux deux jambes. Le tribunal a retenu la méthode journaliere pour le DFP (18% et 20%), aboutissant a 152 381 EUR et 154 106 EUR, et a capitalise les frais de véhicule adapte à hauteur de 168 195 EUR.

Un sportif pratiquant le triathlon a vu sà vie basculer à deux reprises. Le 17 mai 2018, une torsion du membre inférieur lors d’un match de handball provoque la rupture du ligament croisé antérieur droit. Deux ans plus tard, le 23 juin 2020, un simple dérobement du genou gauche sur la plage cause les mêmes dégâts de l’autre côté. Les deux accidents entraînent une complication rare et redoutable : la paralysie du nerf fibulaire commun aux deux jambes. Le tribunal judiciaire de Rennes a fixé l’indemnisation totale à plus de 552 000 EUR.

Les deux accidents et leurs conséquences

Premier accident : 17 mai 2018 (handball)

Lors d’un match de handball, la victime subit une torsion du membre inférieur droit. Le diagnostic posé le 23 mai 2018 révèle :

  • Rupture du ligament croisé antérieur droit
  • Rupture du point d’angle postérolatéral

L’intervention chirurgicale a lieu le 8 juin 2018. Malgré l’opération, la complication majeure survient : un déficit moteur important du nerf fibulaire commun droit, accompagné de douleurs mécaniques persistantes.

Consolidation : 22 juin 2020

Deuxième accident : 23 juin 2020 (plage)

À peine consolidé du premier accident, la victime subit un dérobement du genou gauche en marchant sur la plage. Le diagnostic est tout aussi sévère :

  • Rupture du ligament croisé antérieur gauche
  • Entorse grave postérolatérale

Deux interventions chirurgicales sont nécessaires : la reconstruction ligamentaire le 3 juillet 2020, puis une arthrolyse le 30 octobre 2020. La même complication survient : une paralysie du nerf fibulaire commun gauche.

Consolidation : 8 décembre 2021

Le bilan fonctionnel

Avec les deux nerfs fibulaires atteints, la victime se retrouve dans une situation de handicap majeur :

  • Port d’orthèses permanentes aux deux jambes
  • Nécessité d’un véhicule adapté
  • Impossibilité de reprendre le triathlon, le cyclisme ou toute activité sportive d’impact
  • Reconversion vers le handisport

Les évaluations médicales

1er accident (handball)2e accident (plage)
DFP18 %20 %
Souffrances endurées4/74/7
Préjudice esthétique2/72/7
Préjudice d’agrémentTriathlon, cyclismeAbandon sport + handisport
Tierce personne1h/j (14 juin - 2 juillet 2018)1h/sem (19 sept. - 29 oct. 2020)

L’indemnisation détaillée

Premier accident (17 mai 2018)

Poste de préjudiceMontant
Gêne temporaire (hospitalisation)2 250 EUR
Assistance tierce personne304 EUR
Déficit fonctionnel permanent (18 %)152 381,63 EUR
Souffrances endurées (4/7)18 000 EUR
Préjudice esthétique permanent (2/7)3 800 EUR
Total 1er accident176 735,63 EUR

Deuxième accident (23 juin 2020)

Poste de préjudiceMontant
Gêne temporaire (hospitalisation)1 800 EUR
Assistance tierce personne96 EUR
Frais de véhicule adapté (capitalisés)168 195,99 EUR
Déficit fonctionnel permanent (20 %)154 106,23 EUR
Souffrances endurées (4/7)18 000 EUR
Préjudice esthétique permanent (2/7)3 800 EUR
Total 2e accident345 998,22 EUR

Synthèse globale

Montant
Total 1er accident176 735,63 EUR
Total 2e accident345 998,22 EUR
Article 700 (PACIFICA + Groupama)8 000 EUR
Total général552 733,85 EUR

Les points juridiques marquants

1. La méthode journalière d’indemnisation du DFP

Le tribunal de Rennes a retenu la méthode d’indemnisation journalière du déficit fonctionnel permanent, et non la méthode traditionnelle au point. Cette approche calcule l’indemnisation en multipliant une valeur quotidienne par le nombre de jours restant à vivre statistiquement.

Le résultat est significatif : 152 381 EUR pour un DFP de 18 % et 154 106 EUR pour un DFP de 20 %. À titre de comparaison, la méthode au point du référentiel Mornet aboutirait à des montants sensiblement inférieurs pour ces taux. La méthode journalière tend à mieux indemniser les victimes jeunes, dont l’espérance de vie restante est longue.

2. La distinction des composantes du DFP

Le tribunal a intégré de manière distincte les trois composantes du déficit fonctionnel permanent :

  • Le déficit physiologique (atteinte à l’intégrité physique)
  • Les douleurs permanentes (composante algique)
  • Les troubles dans les conditions d’existence (retentissement sur là vie quotidienne)

Cette approche analytique permet une évaluation plus fine et plus juste du préjudice réellement subi.

3. La capitalisation des frais de véhicule adapté

Le poste frais de véhicule adapté atteint 168 195 EUR. Ce montant intègre la capitalisation des frais de surcoût liés à l’adaptation du véhicule sur toute la durée de vie de la victime, incluant les renouvellements futurs. Ce poste, souvent sous-évalué, représente ici le montant le plus élevé de l’indemnisation du second accident.

4. Le rejet des pertes de gains professionnels futurs

Malgré les séquelles majeures, le tribunal n’a pas retenu de perte de gains professionnels futurs. La victime avait conservé son emploi et son niveau de rémunération. Ce rejet illustre la rigueur de l’évaluation : l’indemnisation compense le préjudice réellement subi, pas un risque hypothétique.

5. Les limites contractuelles de la GAV

Le tribunal a rejeté l’indemnisation des frais de transport au titre de la tierce personne, en application stricte du contrat de garantie accidents de là vie. Ce point rappelle que la GAV n’est pas un régime de responsabilité civile mais un contrat d’assurance dont les garanties sont définies par les clauses souscrites.

Leçons pratiques pour les victimes d’accidents de sport

  • Vérifier la couverture GAV : le seuil de déclenchement varie selon les contrats (5 %, 10 % ou 30 % de DFP). Un seuil bas offre une meilleure protection. Pour tout savoir sur ce type de contrat, consultez notre guide de l’accident de là vie.
  • Documenter chaque accident séparément : en cas d’accidents successifs, chaque événement doit être expertisé et indemnisé de manière autonome.
  • Réclamer la capitalisation des frais futurs : véhicule adapté, appareillages, orthèses permanentes doivent être capitalisés sur l’espérance de vie restante.
  • Contester la méthode de calcul du DFP : la méthode journalière peut aboutir à des montants supérieurs à la méthode au point, en particulier pour les victimes jeunes.
  • Se faire accompagner par un avocat spécialisé pour garantir une évaluation exhaustive de chaque poste de préjudice selon la nomenclature Dintilhac, accident par accident.

Questions fréquentes

La garantie accidents de là vie (GAV) couvre-t-elle les accidents de sport ?

Oui. La GAV couvre les accidents de là vie courante, y compris les accidents de sport, à condition qu'ils entraînent un déficit fonctionnel permanent supérieur au seuil prévu au contrat (souvent 5% ou 30% selon les assureurs). Dans le jugement TJ Rennes du 18 juin 2024, les deux accidents sportifs étaient couverts par le contrat PACIFICA.

Qu'est-ce que la méthode journalière d'indemnisation du DFP ?

La méthode journalière calcule le déficit fonctionnel permanent en multipliant un montant quotidien par le nombre de jours entre la consolidation et l'espérance de vie statistique. Elle s'oppose à la méthode traditionnelle au point d'incapacité. Le TJ Rennes a retenu cette méthode, aboutissant à des indemnisations de 152 381 EUR (18% DFP) et 154 106 EUR (20% DFP).

Deux accidents successifs sont-ils indemnisés séparément ?

Oui. Chaque accident fait l'objet d'une évaluation médicale distincte et d'une indemnisation autonome. Les consolidations, les taux de DFP et les postes de préjudice sont évalués indépendamment pour chaque événement, comme l'a fait le tribunal dans cette affaire.

Les frais de véhicule adapté sont-ils pris en charge dans l'indemnisation ?

Oui, lorsque le handicap impose l'adaptation du véhicule, ce poste est indemnisé. Le TJ Rennes a accordé 168 195 EUR pour le véhicule adapté, incluant la capitalisation des frais de renouvellement sur toute la durée de vie de la victime.

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