Droit pratique

La nomenclature Dintilhac : les principaux postes de préjudice expliqués

Nomenclature Dintilhac : définition juridique, postes de préjudice, distinction temporaire/permanent et exemples chiffrés pour DFT, DFP, SE, PE et ATP.

Par La Gazette des Victimes · Vérifié par des avocats et spécialistes du droit | | 6 min de lecture

En bref : La nomenclature Dintilhac est le référentiel utilisé par les juridictions françaises pour évaluer et structurer l’indemnisation des victimes d’accidents corporels. Élaborée en 2005, elle recense les postes de préjudice organisés selon deux axes : temporaire ou permanent, patrimonial ou extra-patrimonial. Bien qu’elle n’ait pas force de loi, la Cour de cassation s’y réfère de façon constante depuis 2007.


Définition juridique

La nomenclature Dintilhac tire son nom de Jean-Pierre Dintilhac, président de la deuxième chambre civile de la Cour de cassation, qui a présidé en 2005 le groupe de travail chargé d’harmoniser l’évaluation du dommage corporel en France. Le rapport final, remis au garde des Sceaux, n’a jamais été codifié dans un texte de loi. Il s’agit d’un instrument prétorien : sa force repose sur l’adhésion progressive et aujourd’hui quasi unanime des juridictions civiles et pénales, des compagnies d’assurance et des experts médicaux judiciaires.

La base textuelle de la réparation du préjudice corporel reste l’article 1240 du Code civil (anciennement 1382), qui pose le principe de la réparation intégrale : la victime doit être remise dans l’état où elle se serait trouvée si l’accident n’avait pas eu lieu, sans perte ni profit. La nomenclature Dintilhac est l’outil opérationnel qui permet de respecter ce principe en identifiant précisément chaque composante du préjudice, afin d’éviter les oublis comme les doubles indemnisations.

La circulaire du 22 février 2007 du ministère de la Justice a recommandé l’usage de cette nomenclature dans les expertises judiciaires, ancrant définitivement son autorité pratique. Depuis, la Cour de cassation s’y réfère régulièrement dans le contrôle de l’évaluation poste par poste opérée par les juges du fond.


Mécanisme et application

Les deux grands axes de classification

La nomenclature Dintilhac structure les postes selon deux critères croisés.

Axe 1 — Nature du préjudice :

  • Patrimonial : le préjudice se traduit par une perte financière mesurable (perte de revenus, frais médicaux, aménagement du logement).
  • Extra-patrimonial : le préjudice affecte la sphère non économique de la personne (douleurs, perte de qualité de vie, préjudice esthétique).

Axe 2 — Ancrage temporel par rapport à la consolidation :

  • Temporaire : les préjudices subis entre la date de l’accident et la date de consolidation (moment où l’état de santé est stabilisé selon l’expert médical).
  • Permanent : les préjudices qui subsistent après la consolidation, pour le restant de la vie de la victime.

Les postes de la victime directe

Préjudices patrimoniaux temporaires :

  • Dépenses de santé actuelles (DSA) : frais médicaux et paramédicaux remboursés ou non.
  • Frais divers (FD) : frais de transport, d’accompagnement, de garde.
  • Perte de gains professionnels actuels (PGPA) : manque à gagner entre l’accident et la consolidation.

Préjudices patrimoniaux permanents :

  • Dépenses de santé futures (DSF) : soins et appareillages nécessaires à vie.
  • Frais de logement adapté / véhicule adapté (FLA / FVA).
  • Assistance par tierce personne (ATP) : aide humaine permanente rendue nécessaire par le handicap résiduel.
  • Perte de gains professionnels futurs (PGPF) : perte de capacité de travail après consolidation.
  • Incidence professionnelle (IP) : dévalorisation sur le marché du travail, pénibilité accrue, perte de chance de promotion.

Préjudices extra-patrimoniaux temporaires :

  • Déficit fonctionnel temporaire (DFT) : réduction de la qualité de vie et des activités courantes pendant la période pré-consolidation.
  • Souffrances endurées (SE) : douleurs physiques et psychiques liées aux soins et aux séquelles immédiates, cotées de 1 à 7 par l’expert.
  • Préjudice esthétique temporaire (PET) : altération de l’apparence pendant la phase de soins (cicatrices provisoires, appareillage visible…).

Préjudices extra-patrimoniaux permanents :

  • Déficit fonctionnel permanent (DFP) : réduction définitive du potentiel physique, sensoriel ou intellectuel, exprimée en pourcentage.
  • Préjudice esthétique permanent (PEP) : altération définitive de l’apparence, cotée de 1 à 7.
  • Préjudice d’agrément (PA) : impossibilité ou restriction dans la pratique d’activités de loisirs antérieures.
  • Préjudice sexuel (PS) : atteintes à la vie intime de la victime.
  • Préjudice d’établissement : perte de chance de fonder ou poursuivre un projet de vie familiale en raison du handicap.
  • Préjudice permanent exceptionnel (PPE) : réservé aux situations hors norme (grands handicaps, pathologies évolutives).

Les postes des victimes indirectes

La nomenclature prévoit également des postes pour les victimes par ricochet, c’est-à-dire les proches :

  • Préjudice d’affection : souffrance morale liée aux séquelles ou au décès de la victime directe.
  • Préjudices économiques : perte de revenus des proches (conjoint, enfants à charge).
  • Frais divers des proches : frais engagés pendant l’hospitalisation ou pour accompagner la victime.

Repères chiffrés

Les montants ci-dessous sont des fourchettes indicatives issues du référentiel indicatif de l’indemnisation du préjudice corporel des cours d’appel (édition 2022, dite « barème Mornet ») et des données publiées par l’ONIAM (Office national d’indemnisation des accidents médicaux) dans ses rapports annuels.

PosteMéthode de calculFourchette indicative (2022)
DFT (Déficit fonctionnel temporaire)Taux journalier × nombre de jours30 €/jour (classe IV)
DFP (Déficit fonctionnel permanent)Valeur du point × taux × âge1 500 € à 4 500 € / point
SE (Souffrances endurées)Cotation 1/7 à 7/73 000 € (1/7) → 50 000 € (7/7)
PEP (Préjudice esthétique permanent)Cotation 1/7 à 7/72 000 € (1/7) → 40 000 € (7/7)
ATP (Assistance tierce personne)Tarif horaire × heures/jour × durée de vieVariable, souvent plusieurs centaines de milliers d’€

Sources : Référentiel Mornet, édition 2022 ; Rapport annuel ONIAM 2022.

À titre d’illustration factuelle et neutre : pour une victime de 35 ans présentant un DFP de 15 %, la valeur du point retenue par la cour d’appel de Paris oscille, selon les décisions publiées, entre 2 800 € et 3 500 €, soit une indemnisation pour ce seul poste comprise entre 42 000 € et 52 500 €.

Concernant le DFT, une incapacité totale de trois mois (90 jours à classe IV) représente mathématiquement 2 700 € sur la base du tarif journalier de référence de 30 €, sans tenir compte d’éventuels abattements liés à une hospitalisation.


Pour aller plus loin

Les articles suivants de La Gazette des Victimes approfondissent les mécanismes présentés dans cette fiche :

Questions fréquentes

Qu'est-ce que la nomenclature Dintilhac en droit français ?

La nomenclature Dintilhac est un référentiel jurisprudentiel, non législatif, élaboré en 2005 par un groupe de travail présidé par Jean-Pierre Dintilhac, alors président de la deuxième chambre civile de la Cour de cassation. Elle recense et définit les postes de préjudice distincts susceptibles d'être indemnisés à la suite d'un accident corporel. Son objectif est d'harmoniser les pratiques des juridictions françaises et d'éviter les doubles indemnisations entre postes.

Quelle est la base juridique de la nomenclature Dintilhac ?

La nomenclature Dintilhac ne repose sur aucun texte législatif unique. Elle tire sa légitimité de la jurisprudence de la Cour de cassation, qui s'y réfère régulièrement depuis 2007, et de la circulaire du 22 février 2007 du ministère de la Justice recommandant son usage dans les expertises judiciaires. Elle constitue aujourd'hui la référence quasi universelle des juridictions civiles, des assureurs et des experts médicaux en France.

Comment fonctionne la distinction temporaire/permanent dans la nomenclature Dintilhac ?

La nomenclature Dintilhac distingue les préjudices selon leur ancrage dans le temps par rapport à la date de consolidation, c'est-à-dire le moment où l'état de santé de la victime est jugé stabilisé. Les préjudices temporaires sont ceux subis entre l'accident et la consolidation. Les préjudices permanents s'apprécient à compter de la consolidation et pour le reste de la vie de la victime. Cette distinction a des conséquences directes sur la méthode de calcul et les montants accordés.

Que dit la jurisprudence sur le principe de réparation intégrale appliqué à la nomenclature Dintilhac ?

La Cour de cassation rappelle de manière constante le principe de réparation intégrale sans perte ni profit pour la victime, posé à l'article 1240 du Code civil. Dans ce cadre, chaque poste Dintilhac doit être évalué séparément afin d'éviter les doubles indemnisations. La deuxième chambre civile applique régulièrement cette grille pour contrôler la cohérence des décisions d'appel.

Qu'est-ce que le poste de préjudice « déficit fonctionnel permanent » dans la nomenclature Dintilhac ?

Le déficit fonctionnel permanent (DFP) est un poste extra-patrimonial permanent qui indemnise la réduction définitive du potentiel physique, sensoriel ou intellectuel de la victime après consolidation. Il est évalué en pourcentage (taux de DFP) fixé par l'expert médical, puis traduit en somme d'argent à l'aide de référentiels comme le barème indicatif publié par l'Observatoire du droit à l'indemnisation des victimes (Mornet). En 2023, la valeur du point oscille entre 1 500 € et 4 500 € selon l'âge de la victime et la juridiction.

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